L'abeille dans les traditions

 

En résumé, on peut dire que si l'on veut aider l'abeille à bâtir un corps de colonie sain, la construction naturelle est à promouvoir.
Mathias K. Thun.

Installation de la ruche

Emplacement

rucherLes ruches doivent être installées sur un terrain dont les environs devront être le plus naturel possible: friches, garrigues, landes, terrains dont la végétation n'a pas été modifiée par l'homme.
Autrefois les prairies étaient des lieux privilégiées où les mélanges de plantes donnaient, non seulement un foin riche en variétés pour les animaux mais aussi un miel appréciable par ses qualités, prairies aujourd'hui remplacées par la monoculture du ray-grass ou de fétuque dont l'intérêt est l'augmentation de volume de la production, hormis toutes autres considérations.
Le rucher devra être protégée des vents froids, le plus possible au sein de la nature et loin des terrains agricoles où produits chimiques sont déversés sans grande considération des ravages environnementaux qu'ils provoquent.
L'entrée des ruches ne doit jamais faire face aux vents dominants et à la pluie et l'exposition sud-est est généralement la plus recommandée.
L'humidité est nuisible à la colonie et les ruches ne devront pas être installées dans les bas-fonds, les creux où les brouillards peuvent stagner, et directement sur le sol.
photo A proximité seront préférés les arbustes afin que les essaims ne puissent aller se percher sur des branches inaccessibles et où leur récupération serait dangereuse.
Par leur support, il est préférable que chaque ruche soit isolée de ses voisines afin que lors des interventions, ces dernières ne se mettent en bruissement, ce qui consomme du miel, et que l'apiculteur puisse circuler librement autour de ses ruches.
Contre les fourmis elles pourront être mises sur des supports dont les pieds en tube métalliques seront plongés dans des boites contenant par exemple du gasoil ou entourés de colliers semblables à ceux prévus aux arbres fruitiers et enduits d'une pâte soufrée. On sera soucieux de vérifier qu'aucune végétation ne touche à l'ensemble- car les fourmis trouveront ce chemin, à défaut d'avoir le plus facile.
Afin d'éviter le phénomène de dérive des abeilles, il est préférable de ne pas aligner les ruches et de leur donner un angle d'envol différent de celles qui leur sont contiguës.
L'eau devra toujours être présente à proximité afin que les abeilles puissent se désaltérer.

photo"Livrées à elles-même et dans l'état de nature, c'est dans les troncs d'arbres cariés et dans les creux de rochers, que les abeilles établissent leur domicile. Ce qu'elles recherchent avant tout, c'est le calme et la sécurité, un abri contre le vent, la pluie et les orages, aussi bien que contre la trop grande ardeur du soleil.
C'est donc les placer tout à fait en dehors de leur instinct naturel, que de les placer dans des lieux de passage ou en plein soleil de midi. En les disposant ainsi, on les oblige à se faire une ventilation continue, au moyen de leurs ailes, au dedans et au dehors de la ruche, et à perdre en efforts inutiles un temps précieux, qui serait mieux employé à des travaux plus fructueux.
D'autre part, le soin que nous leur voyons prendre de s'isoler , de se calfeutrer dans leur demeure, nous indique qu'elles redoutent également le froid. C'est pourquoi, si nous voulons les mettre dans des conditions semblables à celles où les a voulues la nature, nous devons les interner dans des ruches solides, épaisses et compactes, afin de les mettre également à l'abri du froid et de la trop grande chaleur extérieure, ainsi que des nombreux ennemis que leur attire l'envie de s'approprier le fruit de leur industrie. Rien ne semblait donc plus convenable de leur approprier ce même tronc d'arbre allégé et réduit à des dimensions plus convenables; aussi voyons nous ce système primitif de ruches conservé chez la plupart des paysans de nos contrées; et je dois convenir que les abeilles, lorqu'elles y sont bien conduites, y prospèrent tout à fait bien, tandis que nous les voyons aller toujours en dépérissant chez nos prétendus connaisseurs qui, sous prétexte d'amélioration et de perfectionnement dans leurs procédés de culture, s'en vont toujours les tourmentant dans les moments où elles auraient le plus besoin de calme et de sécurité pour l'éxécution de leurs importants travaux: tant il est vrai qu'on gagne beaucoup à laisser les choses dans l'état où l'a voulu la nature; et que bien souvent, après bien des changements et des tâtonnements de tout genre, l'homme se trouve obligé de revenir à son point de départ, et de convenir qu'après tout, les choses étaient bien comme elles étaient.
C'est à combattre ces abus, et à faire rentrer la culture des abeilles dans une sage mesure dont elle n'aurait pas dû s'écarter...."
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Henri Hamet nous donne quelques précisions supplémentaires: "L'orientation du rucher n'est pas indifférente. On croit généralement que les ruches réussissent mieux exposées au midi que dans une autre orientation: c'est souvent une erreur; l'exposition au sud ne vaut communément rien dans les pays méridionaux, surtout lorsque les ruches sont adossées à un mur, ou se trouvent au pied d'un rocher, ou dans un rucher ouvert par devant. L'exposition du levant est préférée par beaucoup d'apiculteurs qui pensent que la présence du soleil matinal engage les abeilles à sortir plus tôt. Lorsque la saison est douce et que le miel donne, les abeilles des ruches ayant leur entrée à l'ouest et même au nord sont tout aussi matinales que celles de ruches l'ayant à l'est ou au midi. Elles essaiment peut-être un peu moins et plus tardivement mais généralement leurs essaims sont plus forts."

Une erreur commune, très naturelle, est de croire que les localités les plus exposées au soleil sont les plus propices pour l'apiculture. C'est précisément le contraire. Les abeilles prospèrent beaucoup mieux du coté du couchant où la rosée est plus abondante et par conséquent où la secrétion du miel s'accomplit mieux qu'ailleurs.
Ce que l'abeille aime le plus, c'est la solitude des bois, où l'ombre des arbres la protège contre les ardeurs du soleil, ainsi que contre la violence des airs."

Docteur A. Mona- l'Abeille italienne.

 

De l'exposition des ruches par François Huber

Tous les livres qui traitent des abeilles ont parlé de l'exposition des ruches et aucun, à mon avis, n'a donné là-dessus des conseils raisonnables. Presque partout on met les ruches en espalier et dans l'exposition la plus chaude. Ne ferait-on pas mieux d'imiter la nature sur ce poinrt? Elle a instruit les abeilles à se fixer dans le creux des arbres ou dans ceux des rochers. Où pourraient-elles être plus à l'ombre? Les abeilles ont assez de chaleur par elles-mêmes pour se passer de celle du soleil et pour braver les hivers de la Pologne et de la Russie. La chaleur extraordinaire à laquelle on les expose communément altère la cire et le miel et diminue beaucoup l'activité des ouvrières; l'observation suivante confirme cette vérité.
Lorsque j'habitais la Linière, je tenais mes ruches à l'ombre sous de grands châtaigniers. Celles du fermier au contraire étaient en espalier au plein midi. J'observais les unes et les autres. A vingt pas on aurait cru que mes abeilles ne faisaient rien, et que celles du fermier travaillaient vigoureusement; mais en y regardant de plus près on voyait le contraire. Les abeilles du fermier étaient en grand nombre hors de la ruche, ou posées sur un appui; elles voltigeaient aurtour de leur demeure, mais peu s'en écartaient pour aller à la récolte; celles qui restaient dans ces ruches avaient un air de langueur et se donnaient peu de mouvement pendant le jour; toutes ne reprenaient leur activité que lorsque le soleil avait tourné et que les ruches étaient à l'ombre. Cependant on ne voyait point de mouches amoncelées sur les appuis de mes ruches; mes abeilles ne perdaient point leur temps à tournoyer autour de leur demeure; mais depuis l'aube du jour jusqu'au coucher du soleil on ne pouvait saisir un moment où quelque ouvrière n'allât aux champs et n'en revint avec sa charge; c'était un mouvement égal, tranquille, mais constant; dans l'intérieur c'était le plus bel ordre et la plus grande activité: rien ne suspendait les travaux des ouvrières et, comme elles n'éprouvaient point là dedans une chaleur extraordinaire, rien ne les forçait à en sortir, et les travaux de tout genre étaient suivis sans aucune interruption par le plus grand nombre des ouvrières. [...] je n'hésiterais pas à vous le donner, en vous rappelant que c'est à l'ombre que les abeilles laissées à elles-mêmes établissent leur domicile."

Extrait d'une lettre inédite adressée à un apiculteur suisse C.F. Petitpierre Dubied.

Peuplement de la ruche

Bien sûr on peut acheter un essaim artificiel chez un apiculteur mais je trouve beaucoup plus intéressant de rechercher à peupler sa ruche d'un essaim naturel ou de capturer une colonie sauvage. D'autant plus que les essaims naturels sont dotés, d'après A. Charlier, "d'un dynamisme remarquable qui leur permet d'organiser et d'aménager rapidement le logement mis à leur disposition."
C'est aussi un geste d'autonomie et d'indépendance vis-à vis d'un système apicole qui ne privilégie ni la qualité et en les nourissant au sucre, si peu de respect envers celles qui le nourrit.

Recherche d'un essaim sauvage

Cette recherche doit se faire à plus de 1,5km de toute ruche ou rucher.
Diverses méthodes permettent de rechercher un essaim sauvage mais toutes en commun le repérage de la direction que prend une butineuse qui nous mènera à l'essaim convoité. Cette méthode demande du temps et de la persévérance, éléments peu disponibles aujourd'hui.

Ruches pièges

Confectionner des ruchettes en bois sans odeur de 0,20 x 0,30 x 0,25m dont le couvercle mobile sera muni de barrettes amorcées de cire. Une entrée de 15 mm de hauteur sera aménagée sur toute la largeur de la ruchette et l'intérieur, enduit de propolis, de mélisse ou de menthe ou parfumée avec un attire-essaims.
Repérer dans les bois les endroits où se tiennent des abeilles sauvages.
Ces ruchettes seront accrochées aux arbres à 2-3 mètres de hauteur, orientées le trou d'envol vers le S-E afin d'attirer les essaims sauvages.

Près de son rucher, l'apiculteur placera des ruches ayant déjà contenu des abeilles dont les parois seront recouvertes de propolis et les barrettes amorcées par de la cire. Il pourra frotter les parois avec de la mélisse qui a la propriété d'attirer les éclaireuses afin de piéger les essaims provenant de ses ruches.

Attire-essaims

On peut confectionner soi-même des produits attire-essaims et en badigeonner la ruche. Ceci devra être répété 2 fois par semaine; on pourra également laisser un tampon de ouate imbibé dans la ruche.
Quelques formules:
Faire fondre de la propolis à feu doux dans une petite casserole à laquelle on ajoute un peu de graisse pour obtenir une pâte le plus homogène possible. Au refroidissement ajouter de l'essence de mélisse ou de citron et badigeonner les parois de la ruche avec ce mélange.
Faire macérer 45g. de graines d'anis dans 1,5 litre d'eau de vie durant une semaine; décanter et ajouter 1 litre d'eau et 250 g. de sucre. Filtrer si nécessaire.
D'après A. Caillas, cette formule donne de bons résultats mais a l'inconvénient, à cause du sucre qu'elle contient, d'attirer également les pillardes et de gêner le travail des éclaireuses. Il préconise l'essence d'anis avec ou sans propolis.

Récupération d'un essaim

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Capture d'une colonie sauvage

C'est la capture des colonies sauvages qui me paraît la plus intéressante bien qu'elle présente un inconvénient: celui de méconnaître l'âge de la reine... et le risque de fuite des abeilles dans le cas d'utilisation d'un répulsif.

Repérer une colonie d'abeilles dans un arbres creux. Dans le cas où la colonie est accessible, on dégage le trou de vol au maximum, on s'empare du couvain, du miel et des abeilles que l'on transfère dans une ruche. Après claustration de la colonie à son nouvel emplacement durant 48 heures, on leur redonne la liberté.

Si la colonie est difficilement accessible:
La veille de sa capture, confectionner leur avec de l'argile une entrée bien régulière de 7 à 8cm de diamètre qui pourra ensuite s'adapter à l'entrée d'une boite de 20cm en tous sens dont le couvercle portera une barrette amorcée. Sur un tiers de sa hauteur, elle sera pourvue d'une toile métallique afin que cette boite soit aérée et permette aux abeilles de respirer. Sur l'une des faces sera percé un trou s'adaptant parfaitement au trou de vol confectionné à l'entrée de la colonie sauvage.
Préalablement, l'apiculteur aura prévu de fixer cette boite de façon stable à l'entrée de la "ruche sauvage".
Le matin, avant que les premières butineuses prennent leur envol, on verse dans le trou de vol soit un répulsif pour abeilles, soit 150 cm³ d'un mélange d'eau, alcool à brûler et acide phénique rouge non raffiné et aussitôt on fixe la boite au trou de vol. Les abeilles, dont la répulsion pour l'acide phénique est tel, viennent avec la reine se grouper dans la boite où elles ont de l'air. Il ne reste plus qu'à les transvaser dans une ruche.
On pourra ensuite récupérer le miel et le couvain sans les abeilles mais il est nécessaire de vérifier que le couvain n'a pas été contaminé par l'odeur de l'acide phénique ou du répulsif qui pourrait ultérieurement faire fuir à nouveau la colonie.

On pourra également installer un nucléus dans une ruchette que l'on appliquera tout contre le trou de vol de la colonie sauvage où on aura placé un chasse-abeilles. Il y restera durant toute une partie de la belle saison.
Ainsi les abeilles pourront sortir mais ne pourront entrer dans leur demeure sauvage et, apportant du nectar, seront acceptées par le nucléus. Au bout d'un mois on pourra retirer le chasse-abeilles et les abeilles du nucléus qui se seront développées iront piller les provisions qui étaient celles de la colonie sauvage. On aura ainsi tout ce qui aura pu être récupéré, sauf la reine et les gâteaux de cire.
A défaut de nucléus, on peut se contenter de garnir la ruchette avec uniquement du couvain de tout âge avec un résultat moins certain.

Acheter une ruche peuplée

J.M. Frèrès et J.Cl. Guillaume donnent dans leur ouvrage "L'apiculture écologique de A à Z."photo le moyen de peupler une ruche Warré à partir d'une ruchette ou d'une ruche à cadres.

Gilles DENIS vend des essaims et des ruches peuplées Warré.

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