L'abeille dans les traditions

 

Histoire de la ruche

Etymologie et appellations populaires

La ruche

Dans le langage populaire, de nombreuses appellations sont utilisées, notamment en fonction du matériau constituant la ruche.
Elle devient ainsi le panier lorsqu'elle est tressée, le brusc, le bournious, lorsqu'elle est ruche-tronc.ruche

Mais selon les régions, elle était aussi nommée reuche ou pagnier, rèche, ruste, ruscho ou brus, rusqua, brusse ou tchâtra ou brenna, bena, benne de mouches, bénéta, bénéton, bourgnoa, bourniou, bros, chastro, bournie, bourniat, boine, bousso, bournac, bournie, bourné, bournais, bezenne, cabasse, cabasson, cracote, cabreuste, aou, bresson, caoun, caoune, buc, catoire, catoëre, chatoire, chétoire, paignier, cage, pagné, pingnie.

Les différentes parties de la ruche ont des noms spécifiques selon les régions:
L'entrée de la ruche est le guichet ou bouche en divers endroits, l'abelhère, la voulière, la pouyère, l'embouchure, et le trévo.

photo

Le capuchon en paille qui recouvre la ruche en paille est nommé selon les régions, la cape, le capot, la capote, le chapeau, le chapiteau, le capiron, la housse, le bonnet, la chemise, la robe, le paillasson, le cazenet, le cap'chon, le cabochon, le caburo, le huvio, la cèpe, la kouch' mais dans de nombreuses provinces, c'est le surtout, mot généralement employé dans les ouvrages apicoles.gravure
Quant à la hausse, elle est nommée la calotte.

Le rucher

Apicio est le nom latin du rucher du Moyen Age qui deviendra apier en Provence et achier et aichier en vieux français.
Il sera le lapié, l'aperié, l'apiei, l'eveilli, l'aviou, l'apethé, l'abeuillé, l'aveiller, l'ézière ou le nézière, le bourgnounyero, le buga, le pio, püo ou l'apio, le rechier, le tile, tîble, le tièble et le toular selon les régions.

Les origines

gravureLa ruche tronc fut sûrement la première ruche utilisée par nos ancêtres. C'était la section d'un arbre creux où un essaim avait élu domicile ramené près de l'habitaton pour en faciliter son exploitation. Cette pratique se maintint jusqu'au Moyen Age chez nous et jusqu'au XIXe siècle dans certains pays forestiers.

L'antiquité

En Egypte

photo

Cette photo est à découvrir sur le site d'Alain Guilleux
http://alain.guilleux.free.fr/
Merci à lui pour cette belle photo.

Les ruches sont constituées d'un cylindre ouvert aux deux extrémités dont l'armature est faite de roseaux recouverte de boue et plus vraissemblablement de bouse de vache car ce moyen est encore utilisé en quelques lieux de la vallée du Nil et en Ethiopie.

 

A Rome

Ainsi nous dit Varron: Il en est qui fabriquent des ruches rondes avec l'osier; d'autres en façonnent avec un arbre creux; d'autres avec de la poterie; d'autres, enfin, les font carrées, longues, en bois de férule, portant trois pieds de long sur un de large.
Le matériau le plus estimé est le liège, enfin, l'osier ou les petits bois mais certaines sont faites de planches de pin ou de figuier. On en construit aussi en briques et en bronze.

croquis

La gravure de la ruche ordinaire provient d'un bas-relief romain. ?

La ruche de Favignana ont approximativement les mesures que donne Varron qui la préférait à toute autre. Elles ont deux cloisons mobiles également en férule dont l'une ferme le devant de la ruche, l'autre l'arrière que l'on faisait coulisser pour donner plus ou moins d'espace à la ruche.
Pline nous dit en effet que l'opercule sera poussée en dedans si la ruche est trop grande ou si la miellée donne peu, de peur que, découragées, les abeilles renoncent à travailler; on les ramènera peu à peu en arrière, les trompant ainsi sur le progrès de leur ouvrage.
Les ruches en bronze découvertes à Pompéi comportaient plusieurs compartiments et seraient donc les ébauches des premières ruches à hausses qui, d'ailleurs étaient utilisées en Italie avant le XIIIe siècle, dans le Poitou et le Limousin depuis des temps immémoriaux, avant que J. de Gelieu et Palteau, au XVIIIe siècle s'en dispute la paternité.

Pline nous apprend qu'il a pu assister à l'éclosion d'abeilles adultes dans une ruche appartenant à un personnage consulaire, faite en corne transparente.

En Grèce

photoPeu de précisions nous sont rapportées sur les ruches utilisées en Grèce. Della-Rocca pense que celles utilisées traditionnellement dans les îles grecques, à l'abri des grandes invasions, seraient les mêmes que celles des Grecs de l'Antiquité.

En Europe

La ruche traditionnelle est à rayons fixes : c'est-à-dire que l’apiculteur a placé dans la ruche deux barres croisées sur lesquelles les abeilles construisent leurs rayons en cire qui renferment le miel.

En Italie

photoAu Moyen Age, les ruches sont principalement horizontales faites d'un tronc évidé ou de planches comme le montrent diverses illustrations des Géorgiques de Virgile. Elles possèdent un fond mobile afin de faire varier son volume et démontrent ainsi que depuis l'Antiquité, celles-ci n'ont pas évoluées.
Illustrant le même ouvrage au XIVe siècle, il nous ait montré à nouveau des ruches en planches.
Cependant d'autres illustrations des Georgiques de Virgile, nous permettent de connaître une autre forme de ruches: il s'agit du panier
Ruches d'éclisses de bois tressé et enduites- Fleur de vertu vers 1530.
fait d'éclisses avec leur surtout de chaume ou dans un rucher et rarement de tronc d'arbre évidé ou en écorce bien qu'elles aient été abondantes dans certaines régions.photo

Dans la péninsule ibérique

De sources attestées de l'Antiquité, les ruches sont en écorce de chêne-liège détachée du tronc puis reconstituée en cylindre.

En Allemagne, Silésie

photoAu moyen Age, les ruches sont liées aux céréales cultivées et notamment au seigle; aussi les ruches représentées sont en paille tressée.

Dans certains régions, les ruches sont anthropomorphes, représentant un être humain, figure anonyme féminine ou masculine, personnage aux mains liées, ou encore un saint protecteur, la plus souvent saint Ambroise, patron des apiculteurs et des abeilles , voire même un visage évoquant un génie ou un démon. Les ruches sont parfois regroupées en ruchers, ruches placées simplement sur des étagères et surmontées d’un toit, à l’abri des intempéries ou encore les impressionnants ruchers de Haute-Slovénie. Il s’agit d’une construction de bois qui abrite une centaine de ruches disposées horizontalement sur plusieurs niveaux, cinq en moyenne.photo Chaque ruche appelée «kranjici» est quadrangulaire et caractérisée par une paroi frontale peinte de scènes historiées. Ces décors peints remontent pour les plus anciens au XVIIIe siècle et représentent principalement des motifs religieux, remplacés à la fin du XVIIIe siècle par des scènes profanes, des scènes de la vie, scènes humoristiques comme le persiflage des chasseurs et des artisans, des défauts féminins, des scènes guerrières. Cet art connaît son apogée entre 1820 et 1880 et disparaît après la première guerre mondiale.

La Pologne s'enorgueille de ruches sculptées faisant aujourd'hui la fierté de musées en plein air.

Dans les Flandres

gravure"Icy en Brabant on les fait de paille de seigle, que l'on entortille et ajuste ensemble avec de l'osier fendu; on les forme en pointe de bas en haut, en façon de pain de sucre, excepté qu'on les fait un peu plus plates par le bout. On les fait en paille de seigle, parce qu'elle est plus unie et plus longue que celle de froment ou d'avoine, et parce que les abeilles y ont moins de peine à oster toutes les épines ou inégalitez qui sont par dedans, avant qu'elles commencent à travailler, et à y attacher le commencement de la cire. Elles sont un peu plates par le haut, en allant en pointe de bas en haut, afin qu'en les gouvernant et visitant, on les puisse plus commodément renverser en haut en les ouvrant, et afin que les abeilles puissent d'autant plûtost remplir la pointe de la ruche, travailler toutes également, et pousser leur ouvrage en bas; comme aussi afin d'en pouvoir plus facilement tirer le miel et la cire... et quant elles sont parachevées, il les faut plâtrer et enduire de fiente de boeuf, et de terre grasse ou argile mêlées ensemble. Il faut que ces ruches ayant cinq quarts d'aune de hauteur ou de longueur, et trois de circonférence ou de rondeur. Celles qui sont faite de cette mesure et de cette manière, sont estimées les meilleures."

Dans les Balkans

gravureIette gravure qui date de la seconde moitié du 19e siècle montre le rucher d'un couvent orthodoxe situé à Cettigné au Monténégro. Les ruches sont constitués de tronc d'arbres évidés recouverts d'une écorce d'arbre aplatie. Elles ont une soixantaine de centimètres de haut et reposent sur des terrasses en gradins.

En France

Les premiers siècles

Ils sont marqués par l'apparition de la ruche en paille, peut-être d'origine celtique, dans la moitié nord de la France tandis que la partie sud restera fidèle au bournat, ruche faite à partir d'un tronc d'arbre évidé que l'on peut supposer d'origine gauloise. Voir étymologie

Le Moyen-Age

Les sources

Les ruches sont des éléments forts rares dans les illustrations de la campagne moyenâgeuse. Elles figurent, dès le XIIe siècle, mais surtout aux XVe siècle, sur certains calendriers et se retrouvent du XIIIe au XVIe siècle sur les livres de prières, psautiers ou livres d'heures. Ainsi Saint Ambroise est représenté, une ruche à ses cotés et quelques manuscrits illustrés nous permettent d'en connaître l'existence. photophoto

Les ruches

Leurs formes n'évolueront pas et la France des ruches peut-être divisée ainsi:
• Une grande moitié nord où dominent les céréales, la ruche est en paille, quelquefois en molinie bleuâtre. Elle est cousue avec des ronces, des fibres de lin, du jonc ou des lamelles de coudrier.
Ceci est confirmé par la lecture d'anciens documents de la région de Dijon où lors d'un contrat de mariage, la ou le marié reçoit de ses parents un ou plusieurs paniers de mouches à miel: lire
• Un axe Nord-est/Sud-ouest s'étendant du Nord/Nord-est aux Landes où l'on rencontre des ruches en vannerie d'osier, de brins de nerprun, de ronce, de vigne sauvage, de clématite, de chataignier, tressées et recouvertes de bouse de vaches ou de "pourget";
Dans les Deux-Sèvres et dans les Landes on utilisait une ruchegravure
Ruche landaise.
hauteur: 60 à 70 cm
diamètre à la base: 50 cm
diamètre de l'étranglement: 20 cm
présentant un étranglement au deux tiers de son élévation et traversé par un croisillon en bois, hauteur au dessus de laquelle la reine ne montait jamais. On la retrouvait égalemnt dans quelques cantons du Berry. +
• On pense que c'est au Moyen-âge que le châtaignier apparait en France. C'est avec son bois qu'photoune large moitié sud adopte le "bruscs" en patois cévenol, ou "bournious" en occitan, patois aveyronnais..., tronc d'arbre évidé recouvert d'une lauze;
• Dans l'extrême sud on trouve des ruches en poterie et d'écorces de liège;
• En Corse dominent les ruches faites d'un tronc d'arbre couché.
• Dans certains lieux spécifiques subsistent d'autres formes de ruches: ruches placards (Velay) ou sont organisées en murs a ruches, apiers en pierres sèches...


Dans son Traité d'agriculture, Pietro de Crescenzi, dès du XIIIe, décrit une ruche possédant une partie amovible, la calotte, dans laquelle est récolté le miel, le reste de la ruche étant réservé au couvain.


Et dans "Du théatre d'Agriculture", Olivier de Serres parlant des ruches dit: la ruche en bois "excède en bonté toute autre matière: à cause de son tempérament, étant toujours modéré en chaleur et froidure, avis que les abeilles mêmes vérifient, quand naturellement elles se logent dans les arbres, comme on a été vu, très rarement dans les rochers." et aussi:
"C'est pourquoi les plus estimées sont les ruches d'une seule pièce que de plusieurs, lesquelles n'ayant aucune jointure, les injures du temps, a tout le moins de ce côté-là, ne nuisent pas aux abeilles."

Ce qui prouve que les ruches à hausses existaient bien avant les découvertes de J. de Gélieu et Palteau.

Dans les Pyrénées, une Etude sur les chaînes des Pyrénées, décrit que les ruches sont d'une seule pièce, le plus souvent posées à terre et sans abri. Quelques unes, composées d'osier entrelacé et enduit de bouse de vache ont la forme d'un pain de sucre; d'autres ont la forme cylindrique et ne sont autre chose que le tronc d'un arbre creux recouvert d'une planche.
Bien que cette description ne soit parue qu'en 1813, elle nous permet de comprendre que dans czerrtaines régions, les ruches n'ont pas évoluées depuis bien des siècles.

Le XVIIe siècle

ruchesL'Anglais Butler décrivit en 1634 une ruche à quatre compartiments superposées. A cette époque, les ruches en plusieurs parties étaient connues en plusieurs pays européens. Della-Rocca nous rapporte qu'elles étaient en usage dans les archipels grecs, en Ecosse on en voyait en 1665 dans plusieurs fermes et dans un ouvrage Traité des mouches à miel paru en 1690, on apprend que les hausses étaient connues depuis des temps immémoriaux, en Poitou et Limousin et l'auteur insiste d'ailleurs, sur les avantages de ces ruches.
Dans le "le traité des mouches à miel" paru en 1672, l'auteur nous donne les qualités de la ruche en paille et ses dimensions qui doivent être adaptées à la grosseur de l'essaim: 15 pouces de large et 23 de hauteur pour les gros essaims, 13 de large et 20 de hauteur pour les moyens et 11 de large et 17 de hauteur pour les plus petits.
Les ruches en bois apparaissent à cette époque et en fait les soi-disants inventeurs des hausses au siècle suivant ne feront que redécouvrir pour ces ruches, une méthode que pratiquaient des apiculteurs avec des ruches en paille.

Le XVIIIe siècle

photoC'est au cours de ce siècle, que François Huber mettra au point une ruche à feuillets pour ses observations et inspirera plus tard les inventeurs du cadre.
Et c'est à la mi-XVIIIe qu'apparaissent des ruches en bois à hausses dont Jacques de Gélieu et/ou Formanoir de Palteau se proclament les inventeurs.
Ainsi, aux environs de 1791, voit-on sur un manuscrit intitulé "Traité sur la manière d'élever les abeilles" attribué au Sieur Dauphin, capitaine en retraite à Everly, un croquis d'une ruche divisible surmontée d'une hausse.

Gallo et Crescencio attestent dans leurs ouvrages d'agriculture que les ruches à division étaient connues avant eux.

ruche

A partir de ces inventions, nombreux sont les apiculteurs qui proposeront des ruches à 2 ou 3 hausses.
En 1763, le curé Lapoutre propose dans son ouvrage "Traité des abeilles" une ruche en trois parties dont les dimensions doivent avoir celles d'une ruche ordinaire; il juge que le nombre de 3 hausses en chaque ruche paraît le plus convenable.
En 1766, M. Massac propose une ruche Palteau modifiée, composée de deux hausses.
Bien avant la société Nicot® qui propose ses ruches en matière plastique, M. Thierry proposait à l'exposition apicole de Tonnerre de 1868, une ruche à division verticale en ciment.
En 1771, paraissent un ouvrage de Ducarné de Blangy dont la ruche est composée de trois à huit hausses de 13 pouces au carré et d'une hauteur de 3 pouces ainsi qu'un "Nouveau traité des abeilles et nouvelles ruches de paille" dans lequel M. de Boisjugan propose une ruche à 3 hausses et dôme. Au siècle suivant, cette ruche sera perfectionée par Radouan.
Un anglais, Daniel Wildman, dans son ouvrage "Guide complet pour le Gouvernement des Abeilles" paru en 1773, propose trois modes d'exploitation: lire
Cette idée fut reprise en 1786 par l'abbé Eloi, ancien vicaire général de l'évéché de Troyes.
En 1781, Pingeron parle d'une ruche appartenant à M. de Fontaine construite en paille et composée de trois parties.
En 1790, Della-Rocca présente dans son ouvrage une ruche à barrettes d'après la méthode utilisée dans l'île de Syra qui inspira plus tard la ruche à feuillets.
En 1792, M. Coupé, apiculteur dans l'Oise, présenta à la Convention nationale un rapport fait au nom du Comité d'agriculture sur la Conservation et la multiplication des abeilles dans lequel il conseillait aux apiculteurs de faire usage de la ruche à chapiteau des Campines qui devaient être faites de la forme d'un œuf coupé en deux par la moitié, celles de paille étant les meilleures. Elles devaient être composées de deux pièces de manière à pouvoir les séparer aisément pour faire la récolte et avoir 12 pouces de large et 15 pouces de hauteur.
En 1795, Chabouillé édite un ouvrage "Traité sur les abeilles" dans lequel il prétend être l'inventeur de la ruche à trois hausses.

Apparaît la ruche horizontale de Jonas de Gelieu selon les procédés utilisés à Madagascar. Celle ci se sciait en son milieu, on appliquait une cloison pour fermer partiellement les cotés ouverts puis, soit on laissait ainsi pour créer un essaim artificiel, soit on récoltait une moitié de ruche sans abeille, après que la moitié sans reine ait regagnée l'autre partie.
A la fin du siècle, l'abbé Bienaymé présente une ruche horizontale en paille.

Le XIXe siècle

gravureLa deuxième partie de ce siècle sera celle de la "ruchomania" et chaque apiculteur ira de son modèle qu'il jugera souvent comme être le meilleur. Bien souvent il s'agira de la redécouverte d'une ruche déjà existante! Un des buts recherchés sera aussi de créer une ruche abordable par chaque apiculteur et un prix des plus bas sera un critère très important pour la propagation d'une nouvelle ruche. Le salaire d'un ouvrier agricole est de 60 à 75 centimes par jour et la moindre ruche coûte 1,50 francs; quant aux ruches en bois, elles leurs sont inaccessibles; c'est pourquoi les ruches en paille auront encore de beaux jours devant elles. Ces salaires provoqueront également une exode vers les villes où ceux-ci sont plus élevés.

Les ruches verticales



Durant ce siècle se poursuivra le renouvellement de l'apiculture commencé au XVIIIe, puis verra progressivement se créer le cadre-voir genèse du cadre- avec lequel les apiculteurs feront preuve d'un très grand esprit d'invention. Celui-ci ne sera pas absent chez les amateurs des ruches en paille qui mèneront beaucoup d'expériences pour vérifier les affirmations des premiers. Ceux-ci défendront leurs ruches pour le confort de leurs abeilles tandis que les mobilistes, les facilités d'exploitation que leurs donnent les cadres mobiles; ainsi l'apiculture fera place à la rucho-culture, puisque dans l'esprit des mobilistes, c'est la ruche à cadres qui fait la récolte... Car la ruche en paille garde ses adeptes et beaucoup d'auteurs gardent une préférence pour celles-ci compte tenu de sa forme et de ses qualités.

gravureLe 10 messidor de l'an 8, c'est à dire le 29 juin 1800, fut lu devant la société d'agriculture de Seine-et-Oise à Versailles, la description de la ruche de Blancherie, faite de paille et composée de deux compartiments superposés, celui supérieur étant percé d'une ouverture par laquelle on pouvait nourrir les abeilles.
Lombard proposa une ruche en 3 parties qu'il abandonna pour une ruche en paille à 2 corps qu'il nomma ruche villageoise connue sous le nom de "ruche lombarde".
Elle fut à la base de la ruche comto-jurassienne de P. Boilley, puis modifiée verticalement pour en faciliter les essaims artificiels par M. Leperdriel.
Radouan convertira en grille le plancher qui servait à séparer le corps de ruche de la hausse de la villageoise. Voir
En 1812, Ducouédic partagera l'illusion, avec Jacques de Gelieu, d'inventer la ruche à 3 compartiments avec malgré tout une exploitation différente.
gravure En 1834, un lecteur se faisant auteur d'un article dans le "Journal des connaissances usuelles et pratiques" notait que toutes ces ruches étaient en exploitation en France et y ajoutait la ruche de La Prée et celle de M. Le Prince.
En 1836, Bertin propose "la ruche perpétuelle" à 4 divisions formée de 4 cylindres de 4 pouces de hauteur et un pied de diamètre intérieur.
En 1843, Frarière inventa la ruche des jardins.
En 1845, Charles Sauria dans sa "Notice sur les ruches à espacementsphoto" donne sa préférence aux ruches à quatre éléments.
En 1851 à l'exposition de Londres, était présentée une ruche dite silésienne qui était utilisée depuis des temps fort reculés en Silésie et dont Dzierzon, Schirach et d'autres, plus tard, s'inspireront.
Dans les mêmes temps, le baron von Berlepsch, présentera une ruche à cadres s'ouvrant par l'arrière.
En 1856, M. Duvernay, dans son livre intitulé "Culture des abeilles dans une nouvelle ruche à étages" préconise une ruche à 4, 5 ou 6 étagesphoto superposés semblable à la ruche de Ducarné de Blangy et recouvert d'un toit plat.
En 1858, M. Menuisier, auteur d'un "Nouveau système d'apiculture" propose une ruche à cadres à un seul étage qui fut plus ou moins modifiée dans des ouvrages allemands et américains.
Au concours régional de l'Ain, était présentée la ruche Chevalier que son créateur utilisait depuis vingt ans.
En 1863, apparaissent les ruches de Mirbeck et Michelot, cette dernière s'agrandissant par dessous par des hausses.
En 1867, M. Delinotte expose sa ruche à Billancourt. Elle a la particulariré d'être divisée en quatre en diagonale pour permettre une récolte du miel situé sur les côtés de la ruche, la partie centrale étant réservée au couvain.
Deux ans plus tard, J.N. Cayatte fait paraitre un manuscrit "La ruche de l'instituteur et du jeune apiculteur" dans lequel il expose son invention et la manière de s'en servir.
Emile Beuve conçut une ruche en paille qui porte son nom.
A la fin du siècle, reprenant peut-être l'idée de Daniel Wildman, la ruche de M. Annier diffèrait des précédentes du fait qu'elle est en bois et que le chapiteau est divisé en deux pour rendre la récolte facile.

A partir de cette époque, on recommandera de construire des ruches à capacité uniforme pour loger de gros essaims en s'aidant de réunions artificielles; mais elles pourront être variables selon les localités.

Apparaitront les ruches Debeauvoys, Langstroth, Dadant, Voirnot...
En 1892, parait la ruche percheronne dont le toit est favorable à la conservaion de la chaleur. Les cadres destinés au couvain sont de 33 x 33 cm et ceux des hausses de 33 x 17,5 cm. Cette ruche était fabriquée par l'abbé Beunet à St-Hilaire-les-Mortagne.

De nombreux apiculteurs fabriquèrent des ruches à leurs convenances, tels M. Royer qui créa une ruche à hausses que l'on séparait du corps à l'aide d'un fil; cette ruche fut améliorée par M. Deheurle qui créa la "ruche champenoise" composée d'un corps de ruche et d'une hausse à rayons mobiles; et encore, MMrs Roux, Gaurichon, Malhom et sa ruche bourdonnière, Violart-Truchant et sa ruche à hausses obliques. Tous déclarant que leur ruche était la meilleure, la meilleure pour qui, pourquoi, nul ne le saura!

Les ruches horizontales

Suite à la ruche Bienaymé, le baron Canuel présenta une ruche horizontale en bois qu'il nomma "la ruche madecasse".
A partir de ces ruches, pour corriger des problémes d'exploitation, Delavabre de Murphy créa une ruche horizontale pouvant s'ouvrir pour en contrôler l'état intérieur.
Au début du siècle, le docteur Serain invente un modèle qu'il décrit dans "Instruction sur la manière de gouverner les abeilles" où l'ajontion des "hausses" n'est plus verticale mais associées à des ruches que l'on installe les unes après les autres, horizontalement.
Bosc puis Féburier ont cherché à modifier la ruche de Gélieu en inclinant la face supérieure, en rendant mobile les cotés, en plaçant une cloison intérieure; Delatre rendra la toiture triangulaire, Ravenel la divisera en trois parties.
gravurePeut être rattachée à ce type de ruches, celle brevetée en 1896 par Karel de Kesel dont les cadres sont en diagonale et s'enlèvent obliquement.
Vers 1867, Œttl, sur ce principe construisit une ruche dont les cadres s'ajoutaient au fur et à mesure que la colonie s'agrandissait.
De même Gravenhorst proposa un semblable système dont les cadres étaient en arcade.
Ce type de ruches donna un bon nombre de variations; tels les ruches de l'abbé Bouguet, de M.M. Greslot, Vinçon, M. Alsac. Parmi les ruches feuilletables, citons celle de Lecocq, Darimont, Décroly, Bruneau, Bloc, Derosne, Gillet-Lacroix, Marcoz.

Tous les inventeurs de ruches horizontales ignoraient que les Arabes faisaient usage de la ruche horizontale depuis des temps immémoriaux et que celle-ci avait dû passer en Grèce, en Italie et dans les îles africaines. Monticelli en dote les habitants de Favignana et se rencontrait en Sicile et aux environs de Naples.

Ruches mixtes "verticales/horizontales"

En 1806, dans son "Catéchisme de l'amateur d'abeilles", Micq décrit une ruche à quatre divisions: pensant que la ruche de Gélieu avait quelques avantages, il appliqua ces divisions à la hausse; il sciait ensuite l'ensemble pour obtenir 2 ruches dont une en essaim artificiel. Deux ans plus tard, un pasteur protestant nommé Engel fit éditer une "Instruction sur la culture des abeilles" dans laquelle est décrite une ruche semblable à celle de Micq.
Un apiculteur algérien, M. Bœnsh poussa le concept plus loin en divisant la ruche en quatre et en la divisant ensuite crucialement. Il modifia ensuite sa ruche en y ajoutant un ou deux chapiteaux munis de vitres, ne recevant qu'un rayon pour des fins d'observations.
En 1811, Varembey dans son livre "Ruche française et manière de s'en servir" propose une ruche de même facture.
M. Defaux est l'auteur de la "ruche polytrope" dont le corps est composé d'un élément surmonté de deux hausses accolées qui permettent la création d'essaims artificiels, surmontées d'un dôme unique qui permet la récolte. Si cette loge n'était pas trouvée trop compliquée par les simples cultivateurs, si elle permettait d'être construite avec de la paille, il est hors de doute qu'elle mériterait de fixer l'attention. estime Buzairies.
En 1868, F. Bastian met au point son propre modèle de ruche qui deviendra la "ruche alsacienne" qui subira de nombreuses modifications; elle est du type horizontal pour le couvain avec hausses verticales pour la récolte.photo

Ruche mixte "cadres/ rayons fixes"

En Allemagne, le major Von Linsingten proposa une ruche mixte dont la récolte se faisait moitié sur cadres, moitié sur rayons fixes, ce qui ne pouvait satisfaire aucun apiculteur, sinon pour comparer les deux récoltes!

Quelques curiosités

La ruche Nutt
La ruche Martin
La ruche Freiwirth

W.J. Pettitt, fabricant et inventeur de ruches à Douvres présenta à l'Exposition universelle de 1867 se tenant au Champ-de-Mars à Paris, deux ruches:
• une ruche à cadres mobiles triangulaires
• une ruche hexagonale collatérale
tandis que M. E. Lorey, pour l'Irlande, présentait une ruche munie de vitres et d'une hausse à crémallère qui l'élevait, agrandissant ainsi la ruche.

La ruche de la conciliation

photoQuelques apiculteurs reconnaissant les avantages et les défauts des deux systèmes, proposèrent une ruche hybride dont le couvain serait fixe et les hausses mobiles, compte-tenu de la facilité que donnait l'extracteur pour la récolte.
Après avoir constaté les dégats que pouvait faire la teigne dans ses ruches à cadres - lire- le docteur Monin proposa en 1866 une telle ruche.
Plus tard, un éleveur de mère-abeilles, A. Mona qui utilisait les deux systèmes, après une longue et sage réflexion reprit la même ruche qu'il nomma "la ruche de la conciliation" qui garde selon lui, les avantages pour le couvain dans une ruche à rayons fixes et du mobilisme en ce qui concerne la récolte du miel.

paroles d'apiculteur.
Par la réponse de A. Visconti de Saliceto qui contrairement à M. Mona, considérait que c'est dans le corps du couvain que le mobilisme avait le plus d'avantages, elle fut entièrement refusée par les mobilistes. Elle n'eut pas l'avenir espéré par M. Mona, mais elle sera adoptée, sous le nom de "ruche mixte" par quelques apiculteurs dont R. Leroy qui, en 1946, fera paraître un petit fascicule "Les abeilles et la ruche mixtephoto".

Une analyse du passage du fixisme au mobilisme.

gravureEn février 1932, un apiculteur, Clément Jungfleisch fit paraître un article très intéressant dans la revue "L'Apiculteur" qu'il nomma "Les origines du mobilisme et du mi-fixisme" où il nous fait part, comment selon lui, on passa du fixisme au mobilisme et des inconvénients pour l'abeille qui en découlérent.

"Le mobilisme a pris naissance vers le début du siècle dernier. Des savants, dans l'espérance de faciliter leur études sur la vie des abeilles, ont eu l'idée d'encadrer les rayons et de les rendre indépendants de la ruche afin de pouvoir les manipuler et les observer suivant leurs besoins. Cette conception, qui avait pour excuse le but scientifique qu'ils poursuivaient, est absolument contraire à l'instinct de l'abeille. Celle-ci recherche avant tout l'immobilité de sa demeure: anfractuosités de rochers, creux des arbres les plus gros de la forêt, rien ne lui paraît assez stable pour y établir son refuge [...]
Cette invention de la ruche à cadres mobiles a-t-elle répondu à l'attente des savants qui l'ont provoquée? Je ne crois pas. C'est bien plutôt à leurs longues et patientes observations qu'à la mobilité des rayons que nous devons le peu que nous savons sur la vie des abeilles. Une ruche qu'on ouvre et qu'on enfume, qu'elles que soient les précautions prises, est immédiatement en dehors de son état normal; elle abandonne ses travaux, et il est impossible d'y faire la moindre observation positive. Vous y ferez des constatations de faits: elle a ou non du couvain, du miel, des bourdons, etc., etc. Mais rien de tout cela ne répond au but que les savants s'étaient proposé. La ruche à rayons mobiles, dans son état actuel, ne se prête pas plus que la ruche à rayons fixes aux études scientifiques.
Mais les apiculteurs pratiques se sont immédiatement emparés de la nouvelle invention avec l'espérance de tirer des abeilles un plus gros profit. Et comme toujours ils sont allés à l'autre extrême. Après avoir jeté l'anathème contre les étouffeurs, ils ont si bien dépouillé les abeilles, grâce à la mobilité des rayons que celles-ci n'ont plus eu qu'à mourir de faim: ce n'est pas la mort rapide et brutale par la mèche soufrée, c'est l'agonie lente par la famine!
Contrairement à ce que dit le poéte, l'abeille ne fait pas le miel pour nous, mais pour elle. Comme dans son ardeur au travail et sa haute prévoyance, elle récolte, chaque fois qu'elle le peut, plus qu'il ne lui est nécessaire, l'homme a pu sans inconvénient s'approprier ce surplus et même faciliter aux abeilles l'augmentation de leur récolte, mais à la condition absolue de respecter les provisions de la colonie qui lui sont nécessaires pour passer l'hiver et se développer au printemps jusqu'au retour de la belle saison. Or toutes les manœuvres mobilistes ont pour but d'augmenter la part de l'homme au détriment de celle de l'abeille, part qu'on devra remplacer par une nourriture artificielle. [...] Il est fort à craindre que la population n'ait à souffrir du véritable pillage dont elle a été victime à l'automne, et que si elle a pu passer l'hiver sans encombre elle ne soit incapable de se développer normalement au printemps et de devenir une colonie forte et active qui seule rapporte. Entre les mains de trop de mobilistes la ruche à cadres mobiles n'a été qu'un outil de ruine pour leurs abeilles et pour eux-mêmes.
Dès le début du mobilisme, ruches, outillage, méthodes d'exploitation se sont multipliés à l'infini. Avec le temps, cet emballement s'est calmé et si l'apiculture mobilistes est arrivée aujourd'hui à un état plus stable, elle n'en reste pas moins coûteuse et compliquée, contraire aux instincts de l'abeille, et il n'a jamais été prouvé qu'elle ait justifié et payé par une augmentation réelle de rendement tout ce qu'elle exige de ses adeptes.
On reproche aussi au mobilisme d'être la cause des nombreuses maladies dont on se plaint aujourd'hui dans toutes les régions où il est en faveur. Certes, l'abeille sauvage n'est pas à l'abri des épidémies et, comme tous les animaux de la Création, elle est sujette à des maladies qui se propagent d'autant plus facilement qu'elle se trouve plus agglomérée dans un même endroit. Mais on ne peut pas nier que les opérations mobilistes, qui ne respectent en rien l'intinct des abeilles, qui ouvrent la ruche à chaque instant en troublant toute la colonie, en refroidissant le couvain, en la dépouillant de ses vivres, ne mettent la population en état d'infériorité pour résister aux maladies qui peuvent l'assaillir. Ces manipulations continuelles des colonies, leurs mélanges, doivent aussi contribuer à la transmission des germes d'infection de l'une à l'autre. On est allé jusqu'à dire que ces visites incessantes permettaient de reconnaître les maladies et de les soigner; notre science n'en est pas encore là!
A la même époque, et même avant l'apparition du mobilisme, le fixisme a évolué et s'est sensiblement perfectionné. Mais il a été subitement éclipsé par les méthodes nouvelles qui devaient transformer l'apiculture. Pour être moins tapageurs, ses progrès n'en ont pas été moins importants et il semble qu'on revienne aujourd'hui à une conception plus juste de la question. [...] Nous nous proposons de résumer ici très rapidement les principaux perfectionnements qui ont été apportés au fixisme et qui permettent aujourd'hui à l'apiculteur modeste de tirer par son travail une juste rémunération du temps qu'il y consacre en récoltant du miel de toute première qualité."[...]
photoOn est surpris de voir que la culture des abeilles soit restée pendant tant de siècles à l'état rudimentaire. Des paniers de très petites dimensions, l'étouffage pour la récolte d'un produit défectueux, un enfumage très rudimentaire furent les seuls procédés des mouchiers qui parcouraient les campagnes et exploitaient les ruches dont les paysans ne s'occupaient guère. Ce n'est que vers le 17e siècle que les observateurs sérieux se mirent à étudier les abeilles et à perfectionner leur culture, et il faut arriver au commencement du 19e siècle pour trouver Lombard qui fut le véritable créateur de l'apiculture moderne en résumant tous les travaux de ceux qui l'avaient précédé. [...]
La ruche villageoise remédie donc immédiatement aux deux grands défauts de la vieille ruche en cloche. La contenance du corps de ruche a été agrandie et la calotte mobile à la partie supérieure permet la récolte du miel de surplus sans avoir à étouffer les abeilles et sans troubler en rien la colonie dont le nid à couvain se trouve en dessous et séparé par la planche.[...]
Dans la seconde moitié du 19e siècle, nous trouvons Beuve, qui fut à la fois un des plus grands apiculteurs et un praticien émérite. Il vécut en pleine bataille mobiliste. Homme de progrès, il a essayé tous les perfectionnements proposés. Il a construit pour son usage personnel les ruches à cadres mobiles les plus en vogue à l'époque et s'il a continué à les utiliser pour ne pas les perdre, il est resté pendant toute sa vie fidèle à sa ruche à nid à couvain fixe, à laquelle il a appliqué les perfectionnemnts pris aux méthodes nouvelles et compatibles avec son exploitation.
La ruche de Beuve n'est autre que la ruche villageoise perfectionnée par lui suivant les besoins de sa région. La contenance du nid à couvain a encore été augmentée, 54 litres, et celui-ci a été divisé en trois parties afin de pouvoir en régler la contenance suivant le développement et la force de la colonie qui l'occupe. [...]
Beuve était un gros producteur dans une région très mellifère et il lui fallait pourvoir, au moment voulu, emmagasiner rapidement une grande quantité de miel. La calotte eut été insuffisante et aurait nécessité une surveillance continuelle pour la changer suivant le besoin. Aux premiers signes de la mieillée, la calotte vide de miel mais contenant les bâtisses de la saison précédente, était enlevée, numérotée, et soigneusement mis de côté. Elle était remplacée par une hausse à cadres mobiles qui était rapidement occupée et remplie grace aux fortes populations de la ruche cylindriqur. Dès que la miellée touchait à sa fin, les hausses étaient enlevées, récoltées à l'extracteur, séchées et mises en réserve pour l'année suivante. La calotte était remise à sa place sur la ruche correspondante et grâce aux bâtisses vides qu'elle contenait, les abeilles se hâtaient d'y emmagasiner le miel d'arrière-saison pour constituer leurs provisions d'hiver, complétées si besoin par l'apiculteur.... Beuve était fixiste pour le nid à couvain et mobiliste pour la hausse. [...]
Il n'est pas possible de résumer ici toute l'œuvre de Sylviac et nous devons nous contenter de renvoyer le lecteur aux articles publiés. Disons seulement qu'en fin de compte, Syviac a supprimé les cadres dans le nid à couvain, ne conservant que les barrettes de la tête portant des amorces, afin d'obtenir des constructions aussi régulières que possible.... Au début, il faut garnir cette grande ruche d'une très forte population et la nourrir très fortement pour remplir le nid à couvain. La hausse est alors posée sur la ruche avec laquelle elle est mise en communication par l'ouverture d'un ou de plusieurs espaces entre cadres. La récolte des provisions emmagasinées dans la hausse se fait suivant qu'il est utile et celle-ci est laissée à la libre disposition des abeilles qui savent l'utiliser suivant leurs besoins. Mais Sylviac recommande de parfaitement couvrir la hausse pour la tenir bien au chaud et en dehors de tout courant d'air. Grâce aux grandes dimensions du corps de ruche, les abeilles s'y conservent toujours des provisions suffisantes pour hiverner parfaitement."

La ruche Dadant

La ruche Dadant, du nom de son inventeur, eut beaucoup de succès et est devenue la ruche communément utilisée par les apiculteurs. Elle se compose d'un corps contenant 10 à 15 cadres surmonté d'une ou plusieurs hausses et d'un toit plat.

Pourquoi tant de succès?

Dadant, habile plubiciste qui vantait tant l'Amérique qu'il décrivait tel un nouvel Eldorado, propriétaire du journal "American Bee Journal" dont les articles étaient repris par toute la presse apicole européenne- dont "la revue internationale de l'apiculture" et auteur de nombreux articles dans "l'apiculteur"- put ainsi s'adresser à tous les apiculteurs français. Dans ceux-ci il montre que la ruche à cadres produit une grande quantité de miel face à la ruche traditionnelle.

Ainsi, il écrit, après une longue dissertation sur les cours et la consommation du miel aux USA:
"... j'engage [...] les apiculteurs français à se servir de grandes ruches à cadres et je prétends que, si elles sont bien conduites, elles rapporteront quatre fois autant que leurs ruches fixes."

A l'époque de sa commercialisation, cette ruche acquit un grand prestige du fait qu'elle venait d'Amérique, pays qui représentait l'abondance et le modernisme dont Ch. Dadant fait l'éloge, prestige qu'elle n'aurait pas eue si elle avait été créée en France; selon l'abbé Warré, un diplomate déclara:
"Les Français sont de grands enfants qui acceptent sans contrôle les dires d'autrui, surtout de l'étranger."
et un historien:
"Les Français ont la manie d'exalter ce qui vient du dehors aux dépens de ce qu'ils ont chez eux."

N'oublions pas qu'à cette époque où l'apiculture était encore très pratiquée avec d'anciennes ruches en paille, la vente de Dadant et de tous ses accessoires représente un marché très lucratif sans se préoccuper des conséquences que son exploitation pouvait provoquer.
Cette ruche essaimera ensuite en donnant divers modèles issus de l'original.

Le XXe siècle

photoC'est l'époque de la "ruchocadromania"... et de la construction d'immenses ruchers.

Ruches verticales

Dans la première partie du 20e siècle, le prix des ruches à cadres n'étant pas accessibles au simple agriculteur, M. Fron proposa une ruche en bois et à calotte et M. Hommell, une ruche à rayons fixes et hausses.
Le modèle Dadant essaime: un apiculteur créa la ruche "Dadant-Blanc" dont le corps et les cadres gardent les dimensions de la Dadant mais se rétrécissent vers le bas afin de rendre l'extraction des cadres de la ruche plus facile et la "Simplette"des Ets R. Gaillard & Cie.
Tous les fabricants proposent la ruche "Dadant-Blatt" qui est la ruche la plus courante, la ruche Voirnot et quelquefois la ruche Langstroth. Outre ces trois modèles cubiques, certains proposent des ruches de leur invention qui sont seulement des variantes des modèles courants. Ainsi on verra "la Gatinaise" la "bourguignonnephoto" et "la Roannaise", la ruche des établissements "Moretphoto", réunion de deux ruches Dadant s'ouvrant par le dessus, la ruche "Visiblephoto" sans que l'on sache qu'elles étaient ses caractéristiques.

Suite à la ruche Tonnelli dont les cadres sont en ogive renversé apparaît la ruche "Automatic" dont les cadres sont trapézoïdaux et le plancher incliné pour l'évacuation des déchets. M. Emile Apostoly se prétendra en être le véritable inventeur car ce modèle sera construit dans de nombreux ateliers et vendus sous diverses appellations avec quelques différences de détails: ruche "Innovation", "Perfekta", "La Daglanaise" à cadres polygonaux, "Automatic Bachelet", le modèle "Geoffroy" à cadres trapézoïdaux. Ces derniers inspiront l'abbé J.-M. Gouttefangeas qui promut la ruche tronçonique dont le cadre issu de celui de la ruche Dadant avait une hauteur de 30 cm pour conserver la surface d'icelui et la ruche, un plateau mobile qui elevé, permettait de le nettoyer au printemps ou de l'abaisser lors des grandes chaleurs pour l'aération. Elle sera construite par les Etablissements Gouttefangeas à Noirétable.
Outre ces modèles vendus par des établissements apicoles, l'apiculteur aura la possiblité d'utiliser la ruche Sagot ou "Aumonière", les ruches Warré à cadres et à barrettes, la ruche divisible "Angelloz" et bien d'autres...

En 1946, reprenant les idées du docteur Monin du siècle précédent, R. Leroy proposera une ruche ronde en paille surmontée d'une hausse carrée à cadres qui eut peu de succès: l'heure n'était plus à l'abeille, elle était entièrement dévolue aux cadres, en bas pour les manipulations, en haut pour l'extraction!

Une curiosité: la ruche "Princip'Haas"

photophotoRuche à double parois et nettoyage automatique dont les cadres en deux parties étaient suspendus à une glissière avec système à écartement progressif lorsqu'on la tirait par le côté, ce qui mettait les abeilles en état de bruissement sans fumée. Elle reçut la médaille de vermeil et diplôme d'honneur à l'exposition de Nancy en 1927 et 1928.
Probablement d'un coût élevé, elle n'eut pas de succès à une époque où l'on recherchait des ruches économiques à l'achat.

Ruches horizontales

G. de Layens créra la ruche horizontale à cadres qui sera suivie d'une ruche verticale.
En 1946, J. Hurpin modifiera cette ruche en réduisant de hauteur les cadres latéraux.

Situation à la fin du XXe siècle

Alors que la première moitié de ce siècle voyait une multitude de ruches à cadres
pour quelques millimètres de plus ou de moins!
accompagné de nouveaux matériels: extracteurs de tous modèles, nouveaux ustensiles et dispositifs- dont l'X pour maintenir les cadres à bonnes distance- des maturateurs, des burettes et rouleaux gaufreurs pour la cire, etc.., sa fin est une standardisation où presqu'un seul modèle subsiste.
Mais grâce aussi à cette disparition des différents modes d'apiculture, une réaction s'amorce pour redonner à l'abeille une place plus conforme aux normes de sa nature .

Le XXIe siècle

photoL'histoire des ruches est terminée; toutes les possibilités semblent être épuisées et seules restent exploitées la ruche Dadant, la ruche alsacienne et peut-être, cà et là, quelques ruches Voirnot ou autres. Un mouvement va cependant croissant pour l'utilisation de la ruche Warré pour rendre à l'abeille la place qu'elle n'aurait jamais dû quitter.

Le futur

photoCertains auteurs imaginent l'avenir de la ruche: les uns la bardent de capteurs, caméra et transmetteurs vers un ordinateur, écran et imprimante pour en suivre son évolution, d'autres lui donne une forme d'oeuf, forme d'ailleurs très appropriée à celle du couvain.
Pour ma part, je lui laisserai le tronc dans lequel l'abeille a vécu le meilleur de son temps et qui prouve que cet habitat lui a permis de survivre jusqu'à nous, ce qui devient très incertain de nos jours avec les désagréments que nous lui faisons subir!

Sources

- Edmond ALPHANDERY- Traité complet d'apiculturephoto
- Edmond ALPHANDERY- Encyclopédie apicolephoto
- L'apiculteur- Journal des cultivateurs d'abeillesphoto
- L.-A. BUZAIRIES- Les ruches anciennes et modernesphoto
- A.-L. CLEMENT- La construction économique des ruches...photo
- Bernadette DARCHEN- L'apiculture de la Préhistoire à l'Histoirephoto
- Yves ELIE et Jean-Louis AUBERT- Chronique des ruches troncsphoto
- A. de FRARIERE- Les abeilles et l'apiculturephoto
- Perrine MANE- Le travail à la campagne au Moyen Agephoto
- Philippe MARCHENAY- L'homme et l'abeillephoto
- Maciej RYSIEWICZ- Hives and apiairies in Polandphoto
- Dictionnaire de la conversation et de la lecture- volume 47.
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