L'abeille dans les traditions

 

Le super-organisme de la société des abeilles est une communauté d'animaux complexe et adaptative, composée de plusieurs milliers d'animaux, qui agissent en permanence et réagissent à travers leurs actions aux données de leur environnement et aux activités de leurs collègues. Ce n'est pas une instance supérieure qui décide, le comportement collectif procède de la collaboration entre les abeilles et d'une compétition qui s'exerce également entre elles.
J. H. Holland     

L'essaim: du végétal au super-organisme

L'essaim pris comme végétal

Apiculture: ce terme employé pour l'élevage des abeilles signifie "culture des abeilles" dans le sens "agricole" du terme; ne disions-nous pas "cueillir un essaim, tailler une ruche" et "vendanger une ruche". Aujourd'hui, l'essaimage artificiel ne pourrait-il pas être comparer à la technique du bouturage? Notons qu'en ancien français on nommait "rejetons" les troisième et quatrième essaims lorsqu'ils se produisaient et que la technique du bouturage est utilisée par les horticulteurs lorsque la plante ne peut-être reproduite par semis.

Certaines autres plantes peuvent être multipliées par semis ou bouturage avec généralement une meilleure végétation de la plante issu du semis que celle issue du bouturage, en ce qui concerne la longévité et la résistance. Ceci devrait nous faire songer aux conséquences possibles d'un essaim artificiel face à un essaim naturel!

Suite à cette technique, l'introduction d'une reine au sein d'une colonie peut être assimilée à une greffe. Dans le domaine agricole, l'apiculture s'apparente donc très bien à la culture des plantes et il en est de même pour la sériciculture, la lombriculture. Il s'agit de récolter des productions de petits animaux qui gardent encore des liens avec leur milieu naturel... et dont l'utilisation du terme "domestication" est abusif.

Paroles d'apiculteur

L'essaim pris comme vertébré

Le premier à considérer l'essaim comme un tout fut J. Mehring, inventeur de la cire gaufrée, qui compara l'essaim à un vertébré. Les critiques qu'il provoqua l'amena à quitter le "Bienenzeitung Eichstätt", journal dans lequel il écrivait.
Plus tard, Ferdinand Gerstung considéra l'essaim comme un organisme d'un ordre supérieur. Bien que l'abeille fut un insecte à sang froid, diverses considérations peuvent le faire assimiler à un organisme supérieur, par exemple il doit maintenir la température de la grappe durant l'hibernage et du couvain durant la gestation de sa descendance de façon permanente et voisine d'un animal à sang chaud.

Si l'abeille a été longuement étudiée, la "psychologie" de l'essaim le fut beaucoup moins et souvent résumé à l'attachement des abeilles à leur reine.
Une étude plus approfondie nous révélerait que l'essaim est, pris dans son ensemble, un véritable corps vivant soumis à la loi universelle de la nature; il naît, il grandit, atteint sa maturité et se multiplie comme tous les êtres vivants. L'abeille ne serait qu'une cellule de ce corps, la reine, génitrice dont la progéniture ne serait que les différentes abeilles de la ruche. La particularité de l'essaim est de pouvoir se diviser comme un organisme unicellulaire avec virtuellement l'éternité comme destin.

Ce procédé permet à l'abeille d'être grandement colonisatrice comme si la nature avait ce besoin essentiel d'avoir celui-ci pour sa perennité, l'un ne pouvant se développer sans l'autre et réciproquement.

Par sa méthode de multiplication, l'essaim contient en lui l'immortalité, alors que chacun de ses membres n'a qu'une vie limitée, et dans son organisation, la structure virtuelle d'un vertébré, comme s'il était un intermédiaire entre ce dernier et un insecte.
Il est alors nécessaire de considérer non pas seulement le groupe d'insectes mais aussi ses constructions qui jouent un rôle biologique important dans le corps de la colonie où elles peuvent être comparées non seulement à un squelette mais également, dans le super-organisme, à un système nerveux, une mémoire et une protection sanitaire.

Il est à noter que Gilles Tétart, assimile l'essaim à un végétal dans l'un de ses articles puis à un vertébré dans son ouvrage d'anthropologie "Le sang des fleurs".

Bien que ces auteurs comparent le super-organisme à un vertébré, d'autres considérations peuvent le rapprocher d'un invertébré tel un bernard-l'hermite. Voir

La cire

Dans son ouvrage, Jürgen Tautz, nous démontre que les cires ne sont pas seulement l'espace dans lequel l'essaim vit et où il emmagasine provisions et fait office de nursery, mais sont aussi organe des sens, squelette, système nerveux, mémoire et système immunitaire du super organisme. Ceci n'a pu être mis en évidence que grâce a des systèmes perfectionnés et sophistiqués.
"Les rayons et la cire dont ils sont bâtis ne sont pas seulement produits en totalité par les abeilles, mais aussi inséparablement liés avec la vie et le fonctionnement du super organisme."
La vie repose sur les trois dimensions que sont l'énergie, la matière et l'information et se structure dans le temps et dans l'espace.
"Les rayons sont un élément à part entière de la colonie, car avec leur structure, ils jouent un rôle irremplaçable... pour la canalisation de matière, d'énergie et d'information dans le super organisme de la société des abeilles. Le nid n'est pas pour les abeilles un environnement au sens ordinaire du terme, auquel les abeilles se seraient adaptées au fil de l'évolution. Il est au contraire, en tant que cadre de vie crée par les abeilles, un élément de la colonie elle-même, soumis aux mêmes lois de l'évolution que tout autre organe ou toute autre propriété des abeilles mellifères. Les butineuses ne quittent les rayons que pour leurs vols à l'extérieur et passent plus de 90% de leur vie d'abeilles sur ou dans les rayons. Ce temps considérable de leur vie passé sur les rayons est déjà l'indice qu'il existe d'innombrables possibilités d'interactions entre les abeilles et leurs rayons, parties constituantes de leur super organisme."

Secrétion

Les glandes cirières de l'abeille atteignent leur maximum de capacité de production lorsque les butineuses sont agées de douze à dix-huit jours. Mais si les circonstances le nécessitent, les abeilles agées peuvent retrouver cette capacité de produire de la cire. Celle-ci présente une particularité, c'est que l'abeille peut décider d'elle-même des propriétés essentielles que devra avoir la cire des rayons.
Après l'essaimage, la provision de miel ingurgité permet de construire environ 5000 cellules; le butinage reprenant, la construction peut être reprise rapidement. Les abeilles démarrent leurs constructions au plafond de la cavité sans plan précis en apposant des plots de manière aléatoire qui déterminent la suite des constructions. Une fois ces points d'ancrage établis, elles bâtissent en apportant de la cire sur les plots déjà appliquées. Très vite apparaissent les cires qui soit en étirant, soit en élargissant les points de départ forment alors des cires sans aucune imperfection quant aux endroits de leur jonction. A ce stade les abeilles forment alors des chaines entre les bords de la cavité et ceux des rayons mais manquons d'observation pour en connaitre le véritable but. Ces cires sont absolument verticales, la gravité étant leur fil conducteur, parallèles afin que deux abeilles puissent se croiser et qu'aucune place ne soit perdue et orientées par rapport aux courants du champ magnétique terrestre.

Les alvéoles

La forme hexagonale des alvéoles fut longtemps admirée et on pensa, lors de l'adoption du système métrique à la révolution de 1789, utiliser une de ses dimensions comme étalon de longueur.
La forme hexagonale est une forme de la nature et se retrouve dans les cristaux qu'ils soient de roche ou de neige. La cire connait trois états:
• l'état cristallin où toutes les molécules sont orientées et parallèles, lorsque la cire est à l'état solide;
• l'état pseudo-cristallin, ou certaines molécules sont orientées, d'autres en désordre;
• l'état amorphe où les molécules sont en désordre, lorque la cire est chauffée.
La cire a également deux paliers de température, l'un vers 25° Celsius, l'autre aux environs de 40° où à chaque passage de ces température, les molécules changent de position les unes par rapport aux autres, ce qui modifie sa plasticité.
Lorsque les abeilles étirent la cire, elles utilisent leur température corporelle qu'elles portent à plus de 43° et leur corps pour imprimer à la cire et au fond une forme ronde. Ainsi à leur formation, les alvéoles sont rondes et ce n'est qu'ensuite et après les avoir portées à une température comprise entre 37° et 40° qui alors, comme des bulles de savon se touchant, deviennent des cellules hexagonales aux faces planes, égales, aux angles exacts de 120°.

Les abeilles batisseuses gèrent la température de la cire grâce principalement aux deux segments terminaux de leurs antennes. Privées entièrement de celles-ci, l'abeille devient insensible à la température.
Selon la destination des alvéoles, la propolis est utilisée soit en recouvrement, soit en imprégnation dans le matériau pour leur fabrication.

Charles Dadant- rendons lui hommage ici- fut le premier à comprendre la formation naturelle des cellules.

Plus de 100 ans après cette découverte, on trouve sur certains sites du web des explications où les dimensions hexagonales des cellules seraient données par les antennes de l'abeille servant alors à leur étalonnage.... ou encore que les abeilles ont choisi cette forme pour des raisons d'économie, etc, etc...

La transmission du lieu de la source de nectar par la danse des prospectrices se fait par les vibrations que celles-ci appliquent à la cire qui sont ensuite reçues par les butineuses et ainsi informées. Elles amènent d'autres abeilles à être des imitatrices qui à leur tour informent d'autres butineuses.

Réseau web

Le maillage que représente les bourrelets entourant l'orifice des alvéoles est le réseau qu'utilise les abeilles pour se transmettre les informations dont profiteront toute la colonie, dont l'origine de la source de nectar rapportée par l'abeille qui effectuera la danse. Elles sont véhiculées à travers la cire sous forme de vibrations, entre 230 et 270 hertz. Dans le cas où les cires atteindraient une température de 34°, seuil où la viscosité de la cire ne permet plus la transmission des informations, l'abeille incorpore dans le bourrelet de l'alvéole un peu de propolis dans une proportion et une répartition qui permettent au réseau de continuer de fonctionner. Ainsi elle crée un matériau composite, résistant à la chaleur permettant une continuité de service dans tous les cas de figures. Seules les alvéoles operculées sont exclues de ce réseau.
Dans le cas ou plusieurs danseuses sont sur la piste, les abeilles formeront une cercle assez serré autour de chacune afin que les vibrations ne parasitent celles des autres danseuses. En effet dans ce cas les vibrations ne parcoureront que quelques centimètres et seules les abeilles proches seront informées. Dans le cas où une seule danseuse est en activité le cercle sera plus distendu et c'est l'ensemble des abeilles qui est averti.
La cire n'est pas utilisée uniquement pour la signalistion car la piste de danse des abeilles doit posséder des signaux chimiques bien particuliers qui restent à découvrir.

Le cadre en bois des ruches modernes empêche la circulation des vibrations, aussi, si celui-ci est destiné à accueillir des danseuses, les abeilles pratiquent des vides entre la cire et le cadre pour permettre à la cire de vibrer.

Mémoire

La cire au fil du temps se dégrade par la décomposition des chaines d'hydrocarbures, l'évaporation de ses différents constituants, l'apport des enzymes des abeilles et de nombreuses impuretés; ainsi se forme une mosaïque d'alvéoles de couleur et de composition chimique variées. Les abeilles sont capables de distinguer chacune d'elle par son odeur qui l'informe du passé de la cire. Ainsi elles préféreront entreposer le pollen et le nectar dans de vieilles cellules et garderont les neuves pour le couvain.

Protection

Les abeilles, comme tous les insectes, ont un corps recouvert d'une cuticule dont la couche externe est protégée d'une fine couche de cire afin de la rendre imperméable et de protéger l'insecte du dessèchement. Les compositions exactes de la cire de chaque abeille sont différentes dûes à des facteurs héréditaires. La cire de deux sœurs sera très semblable, alors que la cire de deux demie-sœurs sera différente. Ce sera la cire de la ruche qui donnera à l'abeille son odeur et son passeport pour entrer dans la ruche. Cependant si une abeille étrangère gorgée de nectar se présente à une ruche, les gardiennes la laisseront passer en échange d'une goutte de nectar...!

Par la grande concentration et la promiscuité des individus dans la ruche, les abeilles sont exposées à des risques sanitaires importants, mais aussi à une grande pression sélective. Contre ces risques, le revêtement des alvéoles par de la propolis est une première mesure. D'autre part, l'intrusion d'animaux tués par piqûres, s'ils ne peuvent être évacués de la ruche, sont enrobés de propolis afin de les rendre inoffensifs.

Le couvain

Henri Muller compare le nid à une couveuse mais ne fait pas la liaison entre consommation de miel et production d'énergie. Il attribue les vibrations des muscles alaires des abeilles aux fins de circulation d'air à l'intérieur de la grappe car il veut prouver que la grappe d'abeilles respire. Or consommation, énergie et chaleur sont naturellement liés et la consommation de miel permet à l'abeille de fournir l'énergie nécessaire à son corps pour la transformer en chaleur par l'intermédiaire des vibrations qu'elles impriment à sa musculature.

L'abeille, moyen de chauffage avec thermostat

Les nymphes sous leurs opercules doivent être élevées à une température avoisinant les 35° Celsius, certaines abeilles, quelque soit leur âge, sont affectées à cette fonction. Elles se tiennent sur les alvéoles nymphales operculées et relèvent leur température interne à près de 43° Celsius. Leurs antennes sont en contact permanent avec l'opercule, ce qui laisse à penser que ces abeilles contrôlent en permanence la chaleur de l'alvéole et régulent la leur en conséquence. Un tel procédé épuise la "chauffeuse" qui abandonne son poste au bout d'une trentaine de minutes, d'autant plus que ce système par contact n'est guère performant et réchauffe de façon omnidirectionnelle; en notre époque d'économie d'énergie, celui-ci serait considéré comme archaïque et demanderait un changement de mode de chauffage et des travaux d'isolation d'une extrême urgence!
Les abeilles, afin de réduire les pertes, se groupent et s'agglutinent autour de la "chauffeuse" pour former un mur isolant, mais ce n'est pas la seule solution trouvée et une autre plus subtile et plus rationnelle est mise en œuvre.
Le nid à couvain est placée au centre des rayons mais les alvéoles ne sont jamais operculées sur une grande surface; quelques cellules vides sont disséminées sur les rayons selon une proportion allant de 5 à 10% des alvéoles. Celles-ci ne restent pas vides mais ocupées par des abeilles plongeant la tête à l'intérieur de ces cellules. Un examen attentif nous apprendra que ces abeilles ont fait monter la température intérieure de leur thorax jusqu'à 43°Celsius. De temps en temps, elles feront descendre cette température afin de réguler celle des alvéoles environnantes, créant ainsi un véritable thermostat de régulation thermique. Au bout d'une trentaine de minutes, l'abeille aura épuisé ses provisions.
Si une seule cellule nymphale est contiguë à la "chauffeuse", celle-ci ne montera sa température qu'à 33° Celsius; si toutes les cellules entourant la "chauffeuse" sont occupées, alors elle montera sa température à 41° Celsius. Entre 2 et 5 cellules, la température variera de 33 à 41°. Il en est de même pour la durée d'occupation de la cellule vide: si elle est contiguë à 5 ou 6 alvéoles, elle sera occupée continuellement et les "chauffeuses" se relaieront tour à tour, tandis que si la cellule vide avoisine qu'une alvéole nymphale, la cellule vide ne sera occupée qu'à environ 10% du temps. Entre ces extrêmes, le temps variera selon le taux d'occupation des alvéoles nymphales.
Les cellules remplies de miel se trouvent en général sur les bords des rayons, le plus loin possible du couvain. Afin de poursuivre l'activité des "chauffeuses", des abeilles "ravitailleuses" les alimentent en miel par trophallaxie. Elles sont guidées par leurs antennes vers celles dont la température corporelle est la plus basse. Le miel fourni sera celui le plus concentré et apte à donner le plus d'énergie à la receveuse. Plus la température du couvain sera élevé, plus ces abeilles ravitailleuses seront actives.
Les cellules vides au milieu du couvain sont aussi utilisées comme secours et remplies de nectar de moindre valeur énergétique que le miel qui serviront aux "chauffeuses" ayant épuisé leur réserve.
Une couche d'abeilles contribue à isoler le couvain, tant pour éviter les déperditions que pour protéger d'un excès provenant de l'extérieur.
Dans ce dernier cas, le rafraichissement du couvain peut-être obtenu par la propriété qu'à l'eau, qui en s'évaporant produit du froid. Des "porteuses d'eau" disposent sur les bords des cellules ou sur les opercules une mince couche d'eau que les abeilles ventilent ensuite, soit directement sur les rayons, soit à l'entrée de la ruche.

C'est dans l'activité de chauffe que les abeilles consomment le plus d'énergie, donc plus de miel, l'été pour l'élevage du couvain, l'hiver pour se maintenir en vie.

La destinée de l'abeille selon la température

Originaires des climats tropicaux, l'abeille a pu grâce à son pouvoir d'adaptation et au maintien des conditions d'élevage du couvain, coloniser toutes les régions du monde.
Dans une colonie, les travaux dévolus aux abeilles sont différents et chaque abeille ne les exerce pas tous. L'attribution des tâches est fonction de l'abeille selon sa sensibilité aux stimuli où le facteur génétique a un rôle.
Mais plus prépondérant que la génétique, la température avec laquelle les "chauffeuses" ont élevé les nymphes semble déterminer le futur des nouvelles abeilles.

Avec de minuscules capteurs de température, on a pu mesurer la chaleur intérieure de chaque alvéole nymphale et on s'aperçut que les nymphes élevées à basse température donnaient des abeilles destinées principalement aux travaux internes, alors qu'à plus haute température, elles étaient destinées aux autres travaux. Ainsi les danseuses provenaient surtout des nymphes élevées à 36° Celsius, la température maximale d'une alvéole nymphale. Les abeilles élevées en "atmosphère chaude" avaient davantage de faculté d'apprentissage qu'une autre élevée en atmosphère plus froide. La température d'élevage influe également sur la durée de vie de l'insecte et celles élevées en atmosphère "froide" avaient une espérance de vie supérieure aux autres.

L'essaim, un super-organisme

Le super organisme en apiculture

Un super organisme est un ensemble d'agents qui peuvent agir de concert pour produire des phénomènes réservés au collectif et dans lequel les individus avec des possibilités limitées sont en mesure de regrouper leurs ressources pour atteindre un objectif au-delà des capacités de ces individus. La résultante totale étant supérieure à la somme des possibilités de chacun des agents pris individuellement.

Un apiculteur, Henri Muller, se préoccupa de l'essaim et fit éditer "La merveilleuse loi de la grappe" où il montre entre autres qualités, que la grappe d'abeilles est un organisme vivant.
Aujourd'hui, cette notion est largement acceptée et la ruche donnée comme l'exemple même du super organisme; ce concept est appliquée aux sociétés humaines et à la biocybernétique.

Dans son ouvrage "Traité de la biologie de l'abeille
1968
", comprenant 5 tomes réunis en deux gros volumes, la non référence au super organisme me semble une grave lacune- de même que l'absence du comportement naturel d'une colonie- et pourtant Remy Chauvin signait un article abordant cette question en 1954.

Dans les ouvrages plus récents, comme le "Traité rustica de l'apiculture
2006
", où interviennent une quinzaine des "meilleurs spécialistes", et présenté comme la "Bible des apiculteurs", nulle part il n'est parlé du super organisme de la colonie d'abeilles qui pourtant en est le modèle type. La colonie est présentée comme une société féodale, vocabulaire aidant -reine, castes, le mot "serf" aurait pu être utilisé- la colonie étant au service de la reine dont les phéromones sont les équivalents des ordres émis par cette dernière.
Quant à J-M. Philippe, ingénieur agronome, auteur du "Guide de l'apiculteur
2007
", malgré une bibliographie impressionnante de langue anglaise, semble beaucoup plus intéressé par les techniques et l'économie apicole que par les processus intimes de la ruche, et ignore lui aussi la notion de super organisme.
En ignorant le fonctionnement du super organisme, nous voyons combien la vision de ces spécialistes est archaïque, directement héritée du XVIIIe siècle, voire du Moyen-Age et de l'Antiquité, limitée et méconnaissant les conditions à respecter pour maintenir la dynamique nécessaire pour son évolution, ils nous entraînent sur des chemins semés d'embûches et de difficultés; cette vision est aussi figée que les cadres de l'apiculture moderne qu'ils défendent! L'évolution affecte des acteurs vivant dans un cadre de vie libéré de toutes contraintes artificielles afin que sa dynamique puisse s'exprimer! Dans le super organisme, la reine n'est plus désormais le "centre de commandementl" de la ruchée mais seulement un élément constitutif de celui-ci dont la fonction est uniquement une de ses caractéristiques.

Les fonctions vitales de l'abeille dans le super-organisme

La respiration

L'abeille seule dans la nature consomme de l'oxygène, évalué à 18° Celcius, à 30 mm3 par minute et par grammes. Dans la ruche, des poches d'air vicié dont le taux de gaz carbonique atteint 3% voisinent avec de l'air sain; or les abeilles ne semblent pas s'en soucier et ne ventilent pas si ce n'est le soir lors de la grande mieillée. L'action de ventiler semble être une action propre à l'abeille au sein du super organisme et ne s'observe pas chez l'abeille isolée.

La thermogénèse

La thermogénèse est l'exemple parfait de la fonction sociale de l'abeille au sein du super organisme. Seule, l'abeille n'a aucune régulation thermique et sa mort est certaine lorsque la température descend au deça de 12°. Or dans le super orgnisme, il devient certain qu'une régulation thermique apparaît et qu'à partir d'une trentaine d'individus la température s'établit à 33°.

La circulation

Le sang de l'abeille n'a peu de rôle dans la respiration et ne constitue que le transport du métabolisme. Or dans la ruche s'opère une véritable circulation sociale. Une abeille isolée meurt beaucoup plus vite qu'une abeille groupée. L'expérience montre qu'une carence en vitamines serait la cause prématurée d'une abeille isolée et que celle-ci alimentée par une abeille groupée plus jeune lui permet de se régénérer. Diverses considérations et expériences permettent à R. Chauvin de conclure: "L'échange de nourriture est donc très rapide et très intense et tend à égaliser chez toutes les abeilles la quantité de sucre présente dans l'estomac à miel; et ceci vaut pour d'autres substances."

Nutrition- Excrétion

La nutrition n'est pas liée à la vie en groupe et l'abeille peut emmagasiner un peu de nourriture. Cependant celle-ci n'est disponible que dans la ruche où la température est plus élevée alors qu'à l'extérieur, l'abeille redevient un insecte à sang froid incapable de se nourrir, meurt si elle reste isolée et malgré la présence de nombreuses fleurs; elle ne peut qu'apporter du nectar ou du pollen à la ruche!.
On peut noter qu'elle bloque le phénomène d'excrétion même en cas de claustration hivernale et tant qu'elle est dans la ruche sauf en cas de maladie grave.

Comportement

L'abeille isolée manifeste un tropisme photo vers la lumière, un second, chimique, vers le sucre. Dans la ruche, le premier s'inverse et l'abeille recherche les coins sombres tandis que le second se modifie, l'abeille est attirée par la cire et par la reine.
Travail, ventilation, construction, thermogénèse n'ont de sens que dans le super organisme et certaines de ces fonctions ne sont produites que si un certain nombre d'abeilles est atteint.

"Les rapports et les phénomènes internes d'une colonie d'abeilles sont très complexes, car en permanence des milliers d'abeilles ajoutent simultanément de petits éléments comportementaux qui s'assemblent pour constituer le comportement collectif de la colonie.
Les systèmes biologiques complexes s'adaptent à court terme à des aspects déterminants de l'environnement, grâce à leur plasticité, et à long terme par le biais de l'évolution; ils possèdent la faculté d'adaptation."

Voici bien autre chose que la colonie d'abeilles de type société féodale présentée par nos éminents spécialistes! Le super-organisme est partie prenante de multiples systèmes, sociétés et organisations du monde vivant!

Une colonie saine est une colonie dont les fonctions vitales bien qu'étant distribuées sont en équilibre afin de créer l'harmonie au sein de la colonie. En cas de facteurs extérieurs menaçant cette équilibre, celle-ci doit avoir à sa dispostion des processus menant à le rétablir: c'est l'homéostasie. Dans la colonie d'abeilles constamment en mouvement, celle-ci est appelée l'homéodynamisme.
La société des abeilles maintient cet équilibre par des actions communes comme la construction des rayons, la climatisation, etc..., actions dont une seule abeille serait incapable d'effectuer; c'est ce qu'on pourrait appeler la psychologie sociale de la colonie. Mais en retour, le tout détermine le comportement de chacune des parties du super organisme... équilibre oblige!

Selon la rapidité des mécanismes influant sur le super-organisme, les rétro-actions peuvent s'opérer de suite ou très lentement, selon le degré de rapidité d'évaluation et de la transmission des signaux; ceux de l'environnement amèneront généralement des réactions plus rapides, étant perçus par l'ensemble de la communauté, que ceux qui auront été transmis par la communication entre individus, ce qui permet leur déclenchement progressivement, dans le temps et dans l'espace!

Rétroaction de la température du couvain

Pour réguler la température, la colonie dispose de la possibilité d'apporter de l'eau et de ventiler et pour augmenter la température, produire de la chaleur par l'activité de sa musculature alaire. D'autre part afin de réduire le coût en énergie, certaines cellules au milieu du couvain operculé sont vides pour permettre aux abeilles de réchauffer les nymphes. Le nombre de cellules vides sera variable selon la température moyenne du milieu et dans une colonie en bonne santé devra être à environ 10% par rapport au nombre des cellules du couvain operculé. Dans des circonstances défavorables, ce taux peut atteindre 20%.

L'architecture du nid à couvain est un élément qui influe sur la bonne climatisation et est un facteur important sur les qualités de la future génération, puisque la température influence de manière concrète et définitive la destinée et la durée de vie des abeilles. N'influencerait-elle pas aussi leur santé et leur résistance?

Les différentes sensibilités des abeilles sont mises en évidence par le fait qu'elles réagissent différemment aux stimuli qui déclenchent leur comportement. Une abeille pourra réagir à la moindre hausse de température en ventilant et si ce n'est pas suffisant, une autre moins sensible viendra se joindre à elle, etc... La bonne température atteinte, la dernière abeille s'arrêtera de ventiler, puis l'avant dernière, etc.... Ce procédé est très performant car il permet d'avoir une force réactive toujours proportionnnelle à la perturbation.
Ceci fait partie du patrimoine héréditaire de l'abeille dont les différentes sensibilités sont la conséquence de l'accouplement de la reine avec plusieurs mâles. C'est ce mélange "arc-en-ciel" qui fait la richesse de la ruche et de sa colonie... et plus le spectre de sensibilité sera grand, plus le super organisme pourra répondre avec précision aux différents problèmes qui se poseront à lui.
Dans le cas des "abeilles tueuses", c'est ce manque de nuances dans la réaction de la colonie qui est la cause de son agressivité... comme dans une mémoire informatique, c'est le tout ou le rien qui domine.

Rétroaction de la consommation du miel et de la récolte de nectar

La consommation de miel pour l'entretien du couvain oblige un approvisionnement de nectar suffisant mais aussi une gestion minutieuse des provisions à l'intérieur de la ruche. L'activité de butinage doit intéger différents aspects quant à la mobilisation des butineuses selon la quantité florale disponible à l'extérieur et les provisions disponibles à l'intérieur de la ruche. Aussi, à la danse des butineuses qui désirent mobiliser le plus d'abeilles possible, répond la colonie d'une manière plus ou moins passive selon les réserves à disposition. A des formes hésitantes de la danseuse, peuvent répondre une manière inverse à la précédente si les provisions viennent à se réduire. En général, une colonie a en réserve des butineuses qui seront mises en activité si la demande en nectar se fait sentir.
Dans le cas où les butineuses constatent que les sources menacent de se tarir ou sont exploitées par un trop grand nombre d'abeilles, de retour à la ruche, elles émetteront un sifflement qui influenceront les danseuses qui deviendront alors des réceptionnistes pour augmenter la cadence de réception des butineuses. Ce sont les premières qui en goûtant les apports énergétiques régularisent les besoins de la colonie en approvisionnement.

Rétroactions en boucle

L'approvisionnement de la colonie nécessite une corrélation entre les produits entrants et la possibilité de les emmagasiner correctement, c'est à dire que des alvéoles de cire soient prêtes à les accueillir. Si une butineuse entre chargée de nectar et ne trouve aucune alvéole pour l'emmagasiner, elle se mettra à secréter de la cire, ce qui déclenchera le même phénomène chez les autres abeilles, si l'espace le permet.

La répartition de tâches

La répatition des tâches est la base même du bon fonctionnement du super-organisme. Chez celui-ci, il est liée à l'âge de chacune des abeilles mais reste très flexible, ce système reposant sur la composante génétique de chacune d'elle qui permet de s'adapter aux besoins de la colonie. Les différentes activités successives que doivent exercer les abeilles sont mises à disposition du super-organisme sans que l'on sache comment est contrôlé leur mise en œuvre ou qui donne les ordres pour exécution. Le moyen par lequel la reine aurait la faculté de commander n'a jamais été trouvé, si ce n'est que par ses phéromones, qui diffusées dans l'ensemble de la colonie par trophallaxie inhibent le développement des ovaires des ouvrières; ainsi elle reste investie du seul privilège de reproduction à l'intérieur de la ruchée et paraît ainsi seule souveraine et dominatrice.

Rendement

Une des caractéristiques du super-organisme est de fournir une production supérieure que la sonmme que chaque individu aurait pu produire s'il était seul. Ainsi chez Apis indica, une colonie de 12 000 abeilles n'arrive pas à récolter une quantité suffisante de nectar pour son entretien, une de 18 000 ne donne aucune récolte, une de 20 000 donne une récolte.
Une colonie d'Apis mellifica comptant respectivement 30 000, 45 000 et 60 000 abeilles produit par millier d'abeilles 1,36, 1,48 et 1,54 autant de miel qu'une colonie de 15 000 abeilles. Une colonie de 30 000 abeilles donne 50 livres de miel, 60 000 n'en donne pas 100 livres mais 113.

Le super-organisme n'est pas une structure hiérarchisée mais décentralisée où chaque abeille à un comportement qui est un stimuli pour les autres abeilles. De petites modifications très localisées dans la ruche entraînent des modifications comportementales d'une abeille qui, son environnement modifié, modifiera son comportement selon sa propre réponse et selon sa sensibilité. Ainsi se formera le comportement collectif de la colonie dont chaque abeille aura apporté sa propre réponse dans la gamme de ses différentes possibilités. Le tout formera l'intelligence collective de la colonie, base de "l'intelligence artificielle" de certains systèmes que nous pourrions appelés dans notre cas, "bee-ioniques"

Lorsque nous aidons les abeilles, nous aidons l'humanité. Jürgen Tautz.

Conclusions

La principale conclusion que nous pourrions tirer de ces nouvelles données concernant le fonctionnement du super-organisme des abeilles est que l'apiculture pratiquée et défendue par nos têtes apicoles bien-pensantes, repose sur des considérations totalement étrangères, non pas uniquement par rapport au comportement des abeilles, mais dans l'ignorance de ce que la structure même du corps du super organisme avait d'important. Les cires gaufrées qui étaient là pour soulager le travail des abeilles et faire profiter l'apiculteur d'une récolte plus abondante deviennent des prothèses du corps super organique où l'abeille ne peut plus organiser sa structure et construire son propre couvain selon une disposition la plus fonctionnelle et selon les lois de l'évolution. Les cires sur cadres, sous-tendues par des fils d'acier n'auront jamais les mêmes qualités de transmission que des cires naturelles. Jamais un couvain élevé dans un cube sur des cires qui auront été chauffées contenant de multiples produits chimiques résiduels pouvant être diffusés sur les nymphes ne pourra égaler celui construit sous un dôme avec des cires neuves secrétées par les abeilles. L'attention de l'apiculteur devrait être de donner au couvain toutes les conditions d'espace, de salubrité et d'une climatisation maximum afin que celui-ci soit élevée dans le respect intégral de la colonie d'abeilles.
Il apparait clairement que tout élément apporté dans la ruche, cadres ou barrettes, est une entrave à la libre circulation de l'information, donc une entrave à la libre évolution de la colonie et de son équilibre naturel.
La plasticité de l'abeille et l'intelligence collective pourra toutefois trouver la parade et continuer à survivre, mais comme toute action perturbatrice non prévue par la nature, ce sera au détriment, en général primordial, des principes caractérisant la bonne santé du vivant.

La vision de la reine, haut-lieu de commandement, est une vision mécaniste du monde où à l'émission d'une phéromone répond une action de la receveuse, vision tout à fait dépourvue des paramètres nécessaires à l'évolution des espèces et, pourrait-on dire mortifère.
Celle du super-organisme correspond aux critères de l'évolution au sein de l'organisme par la participation de tous ses membres qui gardent leurs moyens de réaction au sein de l'ensemble de la communauté. En celà elle est qu'un exemple du super-organisme, notion uniquement applicable au monde du vivant. Et combien, le fonctionnement paraît plus simple, donc plus efficace que celui centralisé par la reine!
L'apiculture moderne a été instituée par ceux dont la vision était celle d'une reine haute autorité de la ruche, sans connaissance des moyens qu'utilisaient le monde vivant pour évoluer et se défendre, aussi ne serait-il pas concevable que les méthodes appliquées ne soient elles aussi, aussi mortifères ou du moins tout à fait inadéquates et étrangères à la vie, aujourd'hui à la survie de l'abeille, que leur vision passéiste, dépourvue du "sens de la vie"...??

Encore une fois, donnons la préférence à l'apiculture qui n'impose pas la cire gaufrée aux abeilles... d'autant plus que la forme pré-formée des alvéoles en hexagone est absolument inutile puique tout à fait naturelle grâce à la plasticité commandée par la physique moléculaire de la cire et donnons à l'abeille tous les éléments naturels de son environnement afin qu'elles vivent selon leur entière biologie, comme elles ont été prévues par la nature et non comme l'homme leur impose pour ses propres besoins d'exploitation.

 

En premier lieu, les colonies doivent être fortes et dynamiques.
Toutes les actions de l'abeille à l'intérieur de la colonie ont pour but sa survie et le maintien de son équilibre; il est donc nécessaire de ne pas intervenir afin de ne pas le perturber.

Sources

- Edmond ALPHANDERY- Traité complet d'apiculture.photo
- Rémy CHAUVIN- Aspects sociaux des grandes fonctions chez l'abeille: la théorie du super organisme- Insectes sociaux n°2 hs- 1954.
- Lorenzo-Lorrain LANGSTROTH- L'abeille et la ruchephoto
- Henri MULLER- La merveilleuse loi de la grappephoto
- Jürgen TAUTZ- L'étonnante abeille.photo
- Gilles TETART- L'abeille et l'apiculture: domestication d'un animal cultivé- Techniques & culture n°37- 2001 et Le sang des fleursphoto - Une anthropologie de l'abeille et du miel
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