L'abeille dans les traditions

 

Bien qu'il soit démodé d'admirer les machines animales et végétales- sans doute est-ce faire une injure au génie humain que d'admirer ce à quoi il ne participe pas?- je persiste à penser que les réalisations de l'Homme si réussies soient-elles n'atteignent pas la perfection de celles que la vie produit.
Professeur Pierre-P. Grassé- 1968.

Ecologie de l'essaim

Nous considérons ici l'essaim composé d'une reine, d'abeilles et de bourdons comme d'une entité vivante possédant toutes les caractéristiques d'un être complet pour assurer la survie de l'espèce, car en effet ce n'est pas l'abeille qui se reproduit mais la colonie toute entière lors de l'essaimage.

L'abeille, la reine et le bourdon sont des animaux sauvages, et même si nous les logeons dans un habitat fait de nos mains, ils resteront des organismes mûs par leurs propres instincts et un comportement social inscrit.
Si la ruche appartient à l'apiculteur, l'essaim ne lui appartient pas- bien qu'il s'en défende- et il survivra rendu à son espace naturel... et peut-être mieux que dans une ruche dans laquelle entre du matériel étranger et contraire à sa libre biologie.

Si nous désirons un élevage écologique, nous devons agréer les besoins naturels de l'essaim vivant à l'état sauvage.

Domestication de l'abeille

La notion de domesticité implique que l'animal soit dépendant de l'homme et l'extrême limite est atteinte lorsque l'animal est incapable de survivre à l'état sauvage.
Certains voient l'abeille "domestique" par rapport à l'abeille sauvage comme le porc pourrait l'être au sanglier, le chien au loup. L'abeille sauvage peut-être enruchée, devenir virtuellement abeille domestique mais, comme le sanglier dans une porcherie, il ne deviendra jamais un porc et l'abeille enruchée ne deviendra jamais abeille domestique! L'apiculture serait donc plus proche de l'ostréiculture en ce sens que l'animal vit à l'état sauvage et que l'homme n'intervient que pour récolter le produit. Dirions-nous que l'homme a domestiqué l'huitre, la moule ou encore l'escargot?
Au sens strict du terme "domestique", l'abeille ne peut être ainsi considérée et son exploitation procède d'une adaptation technique à son mode de vie, à son comportement et à son milieu naturel et non d'une spécialisation poussée de l'animal pour répondre aux besoins humains.
Celui qui se vante d'avoir domestiqué l'abeille se vante, comme la grenouille, d'avoir atteint la taille du bœuf! D'ailleurs pourquoi mettrait-il un voile et un habit de protection si l'abeille était domestiquée? L'agriculteur en met-il lorsqu'il va traire ses vaches pour se protéger d'éventuelles coups de corne?

Les besoins de la colonie

Lorsqu'un essaim s'installe dans une cavité, nous pouvons supposer que les premières éléments qui lui font choisir ce lieu, sont la satisfaction première de ses besoins: la sécurité, son volume et sa situation propice à pouvoir vivre et s'agrandir.

Et c'est tout! Dans une ruche tous les apports de l'apiculteur, cadres, barrettes... sont installés pour lui faciliter son travail d'exploitation mais que ce soit la moindre barrette, celle-ci devient une cause de gêne pour la colonie, voire une cause possible de mortalité.

Que peut donc faire l'apiculteur pour améliorer son habitat? Ses seules possibilités sont de garder cet abri sécuritaire, le rendre plus salubre en améliorant sa "climatisation" par la forme et sa thermodynamique et l'installer dans un lieu où les ressources en nectar sont assurées.

Il pourra également par ses observations intervenir lors de maladies constatées ou par des méthodes naturelles, diriger sa colonie tout en lui laissant toujours le dernier mot.

De l'habitat

De la forme

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Un essaim sauvage ne peut trouver dans la nature un espace cubique et s'il se loge dans une cavité anguleuse, ce n'est que dans nos constructions. Dans la nature, il occupera un espace arrondi qui est adapé à sa forme qui est ronde... et non cubique!

L'hibernage est un moment difficile pour la colonie. Durant cette période elle se trouve réduite et se tient dans la partie haute de la ruche où l'air est le plus chaud; elle consomme du miel qui lui permet de se maintenir à une température assez basse pour survivre mais pas trop haute pour ne pas être grande consommatrice de miel.
Aussi la forme de la ruche et la disposition de la réserve de miel ont une importance primordiale pour la survie de la colonie.

La forme carrée et encore moins le cube n'existent dans la nature et ce, pour une raison simple: biologiquement, elle n'est pas viable car la forme ronde est celle qui s'adapte le plus parfaitement à l'écoulement des fluides et répond au mieux aux lois de la thermodynamique et à l'équilibre des forces. Pour la colonie en hibernage, cette forme est la plus économique en dépense d'énergie.
Aussi les abeilles ont-elles traversé les millénaires dans un habitat aux formes arrondies: arbre creux, cavité rocheuse voire vieille souche creuse d'un arbre abattu, mais jamais elles n'auraient trouvé un cube pour logement!
Si nous imaginons le premier homme ayant procédé à la capture d'un essaim, il va de soi qu'il le logea dans une forme ronde: poterie ou panier d'osier renversé, tronc d'arbre évidé, ruche primaire faite d'écorces ; peut-être même qu'il récupéra tout simplement la section creuse d'un vieil arbre dans lequel vivait l'essaim? Et les abeilles continuèrent à être logées dans des habitats leur convenant- à quelques exceptions près- et ce jusqu'à l'apparition de la ruche cubique qui est aujourd'hui la forme de toutes les ruches liées à l'utilisation de l'extracteur.

De la propagation des phéromones

Avec les nouvelles connaissances que nous avons sur la propagation des phéromones sécrétées par la ruchée, il semble que la forme carrée, les cadres et les dimensions de la ruche seraient la cause d'anomalies dans le comportement des abeilles situées sur les zones périphériques, zones qui ne seraient pas affectées par ces phéromones, donc amenant une mauvaise régulation pour l'équilibre de la ruchée.

Conclusions

- l'habitat doit être adapté à la grosseur de l'essaim;
- un grand habitat diminue l'essaimage;
- l'essaimage favorise l'activité de la colonie par le renouvellement de la reine.
Rappelons les paroles de J. Hurpin
L'essaimage est non seulement indispensable pour la colonie, mais l'apiculteur sur le long terme, en est également bénéficiaire.
La dispersion des phéromones sont en équation avec un essaim naturel et non avec des ruchées surdimensionnées artificiellement.

De l'alimentation

Si ce sont les abeilles qui font le miel, c'est aussi le miel qui font les abeilles.

photoL'aliment de l'abeille est le miel de fleur ou de miellat; le sucre, même transformé en miel par l'abeille a t-il les mêmes qualités que le miel issu du nectar des fleurs? Non! Il est légitime de soupçonner que le nourrissage des abeilles durant l'hiver avec du sucre, à grande échelle et ce durant plusieurs dizaines d'années, participe à l'affaiblissement des colonies qui ne peuvent plus faire face à leurs prédateurs et aux maladies, alors que l'évolution normale amènerait une résistance accrue à ceux-ci.

Pour ce faire comparons la composition du miel et celui du sucre.
Comparaison entre miel et sucre

Donner du sucre aux abeilles est un facteur de malnutrition des colonies qui ne peut leur apporter que dégénérescence et affaiblissement.

gravureNotre monde fait d'échanges, lorsqu'il y a harmonie, il y a équilibre... et vice-versa! Il suffit que cette harmonie soit rompue pour que cet équilibre disparaisse amenant maladies et produits des laboratoires, voire la suppression systématique de l'espèce atteinte. Dire qu'après avoir piller la réserve de miel des abeilles, celles-ci ont besoin de l'homme pour venir à leur secours sous forme d'injection dans les nourrisseurs de sucre de betterave est quelque peu fallacieux. N'oublions pas que le miel de fleurs est l'aliment normal des abeilles et qu'elles ne le font pas pour satisfaire nos besoins en sucres parfumant nos tisanes et pains d'épices mais pour garantir la vie et la survie de l'espèce!
Il est certain qu'une abeille élevée selon son écologie sera en meilleure santé et plus résistante qu'une autre élevée sur un mode industriel au sirop de betterave à un moment où la colonie est la plus fragile; la moindre quantité de miel récolté sera compensée par une meilleure qualité de la ruchée et une meilleure dynamique; difficile de réunir quantité et qualité!
Lorsqu'un apiculteur prélève toute une réserve de miel destinée à la survie de l'abeille, il pourrait lui être demander:" Que diriez-vous si le rapport que vous procure vos ruches était prélevé par un organisme extérieur et qu'en lieu et place; il vous remet de la fausse monnaie?"
L'apiculteur à force d'échanger la nourriture de ses colonies contre de la fausse monnaie ne recueille t-il aujourd'hui le fruit de cette transaction fallacieuse: l'affaiblissement généralisé de l'espèce, précédant sa disparition.

Du couvain et des rayons

Du déplacement naturel du couvain

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M. de la Bourdonnaye avait lu dans les Mémoires de l'Académie des Sciences, la manière dont on usait en Ecosse pour empêcher les essaims tardifs, en passant une hausse sous la ruche-mère. Il avait lu également dans ces mêmes mémoires, un événement arrivé au curé de Tily, près d'Orléans pour un essaim ramassé dans une ruche que l'on oublia sur le fond d'une barrique vide. ?

Lire l'article

M. de la Bourdonnaye, décrit le déplacement du couvain au fil des années: Lire

Ainsi, dans cet espace et tant qu'elle le peut, la reine pond dans des cellules neuves qu'aucune pollution n'a pu atteindre qui possédent des agents antibiotiques très spécifiques qui disparaissent avec le vieillissement des cires. En cas d'impossibilité, c'est que contrainte par le manque de place qu'elle le fait dans des cires anciennes après un nettoyage méticuleux de chaque cellule par une abeille nettoyeuse. - voir "maladies"

De la secrétion de la cire

L'abeille fabrique dans les premiers jours, surtout entre les 12e et les 18e jours de sa vie, des rayons qui ne sont ni carrés, ni rectangulaires comme on leur impose dans les cadres et de ce fait, circule sans contrainte autour de ses constructions, et produit de la cire selon sa biologie.

Elle en bâtit un maximum de huit toujours du haut vers le bas, sans discontinuité.

photoH. Hamet note:
[...] dans l'ordre normal, les abeilles construisent de haut en bas, accidentellement elles construisent de bas en haut.
C'est la raison pour laquelle, la ruche écologique sauvage s'agrandit en plaçant les hausses sous le corps de ruche et non par dessus, comme on le fait pour les autres ruches dont la construction des cires est toujours en opposition avec le sens inné de l'abeille.
L'abeille construit ses cellules de cire de forme ronde qui après un procédé thermique forme un hexagone.
Celui-ci est courant dans la nature et de nombreux éléments l'adoptent; elle est la conséquence de la structure moléculaire de l'élément considéré et intervient lors de la solidification de celui-ci, par la pression que les cellules exercent les unes sur les autres, sans l'intervention des abeilles quant à leurs formes.

De la consommation de miel pour produire de la cire

Plusieurs apiculteurs et observateurs de l'abeille cherchèrent à connaître la quantité de miel nécessaire à l'élaboration de la cire. Il s'avéra qu'elle devait aussi avoir du pollen à sa disposition.
Les Allemands, en premiers, firent des expérimentations en claustrant les abeilles et statuèrent qu'il fallait 10 g., voire 12 à 15g. de miel pour fabriquer 1 g. de cire. Lire

Le temps influe considérablement sur la production cirière, ce qui rend faux les résultats des expériences allemandes et variables les expériences françaises. En période de chaleur et lors de la grande miellée, les abeilles construisent très vite leurs rayons avec une consommation moindre alors qu'à température plus basse, à la consommation de miel pour la cire s'ajoute celle pour produire la chaleur.
Au dessus de 36°, les abeilles, incommodées, ne produisent que peu de cire, à 40° elles arrêtent de travailler et sortent de la ruche et font "la barbe".

Compte-tenu des variations des paramètres liées aux fonctions cirières et des réactions des abeilles aux paramètres "économiques" tant météorologiques qu'environnementaux, il est préférable de laisser la colonie gérer son fonctionnement naturel que d'apporter des "événements" étrangers qui troubleraient davantage les réactions nécessaires à l'équilibre de la ruchée.

Des expériences françaises.

Mettant en doute la quantité de miel absorbée par les abeilles, plusieurs apiculteurs français firent leurs expériences"in situ", ces dernières étant dans des conditions normales d'exploitation.
Le premier à mettre en doute les expériences allemandes fut l'abbé Collin qui fit les siennes en 1862 puis 1869-1870 et qui constata que la quantité de cire produite était proche de la quantité du miel consommé. Toujours il affirma "que les abeilles ne perdent pas trois grammes de miel pour produire un gramme de cire."; puis ce fut G. de Layens qui fit des expériences comparées sur une plus grande échelle.

Déjà, l'abbé Delépine constatait que les abeilles emmagasinaient plus de miel dans des cires qu'elles façonnaient que dans des cires toutes prêtes à être remplies.
"Etant donné deux ruches de même force et deux hausses de même capacité, l'une garnie de feuilles gaufrées, l'autre de rayons vidés à l'extracteur, laquelle sera remplie la première? A priori, il semble que la seconde devrait être en avance sur la première, les abeilles n'ayant en réalité qu'à remplir les alvéoles et à les cacheter; les expériences que j'ai faites avec le plus grand soin m'ont cependant donné un résultat contraire." ?photo
En 1886, G. de Layens fit des "expériences prouvant qu'on doit faire construire de la cire aux abeilles".
Au lieu des 12 livres de miel pour produire une livre de cire donnés par Berlepsch, il trouva 6,3 livres pour une livre de cire, de même, qu'un apiculteur américain, M. Viallon, trouva 6 à 8 livres de miel pour une livre de cire fabriquée.
Cependant il trouva que cette expérience était fautive car il avait fixé la période d'expérimentation qui ne correspondait pas à celle où les abeilles auraient travaillé dans les meilleures conditions d'humidité, de chaleur, de pollen à disposition plus ou moins grande, etc.... Celles-ci peuvant en effet être des paramètres influents sur la production de cire, il changea le but de ses expériences et rechercha seulement s'il y avait gain ou perte pour l'apiculteur de laisser les abeilles travailler en cire. Une question qu'intéressait la majorité des apiculteurs!
Il choisit donc 18 de ses meilleures colonies qu'il partagea en deux lots, nota pour chacune des ruches, le poids de miel et de cires construites, ajouta un nombre suffisant de rayons pour que la ponte ne soit pas interrompue et des cadres vides ou avec cires selon le lot dans lequel était la ruche.
A la fin de la saison, le lot qui avait bâti des rayons contenait 457 livres de miel, le second qui n'avait pas bâti en contenait 455. Après ajout de la quantité de miel présent dans les rayons au début de l'expérience il s'avéra que les abeilles qui avaient bâti avaient à leur disposition 575 livres de miel et celles qui n'avaient pas bâti, 576 livres.?photo
extrait du Journal des instituteurs -1892
et de l'Apiculteur.

G. de Layens conclut: "Il y a avantage, toutes choses égales d'ailleurs, à permettre aux abeilles de construire."
Ce qui ne voulait pas dire qu'il ne fallait jamais donner de cires à une ruchée...

Dans cette expérience, les abeilles qui avaient bâti avaient produit 575 livres de miel, 31 rayons de cire et un essaim;
les abeilles qui n'avaient pas bâti, 576 livres de miel... et c'est tout!
L'apiculteur avait même dépensé 180 cires gaufrées de 30x40 car il s'agissait de ruches Layens horizontales!

Autres observations

• M. Vignole observa que les abeilles donnaient parfois un poids de cire pour un poids égal de miel consommé.
• M. Sylviac donne une unité de cire pour 1 à 2 unités de miel consommé.
• H. Hamet donne une unité de cire pour 2 à 3 unités de miel consommé.
Dans les ruches vulgaires, bâties ou non bâties et peuplées d'essaims de même valeur, les colonies emmagasinent à peu de choses près, autant de miel dans les unes que les autres, ce qui laisserait supposer que la secrétion de la cire n'est pas toujours préjudiciable à la récolte. ?photo
Je me permets de vous signaler l'expérience que je fais depuis plusieurs années de l'emploi de ruches divisibles à rayons fixes. Chaque hausse est munie de porte-rayons que j'amorce avec une bande de cire gaufrée de 3cm de large. A la récolte, le miel est extrait et la cire en provenant est fondue. Or, ces ruches où les abeilles ont tous les ans une hausse de cire à construire donnent régulièrement un rendement en miel sensiblement supérieur aux Dadant du même rucher. D'autre part, le supplément de cire ainsi obtenu n'est pas à daidaigner actuellement. ?

On pourrait se demander: "Pourquoi tant de différences entre les expériences de l'abbé Collin, Mrs Vignole, Sylviac, Hamet et celles allemandes?"
C'est que les abeilles en travaillant mieux lorsqu'elles construisent, la quantité de miel consommé qui apparaît, est une valeur virtuelle; les abeilles consomment une certaine quantité de miel mais n'apparait aux expérimentateurs "in situ" qu'une quantité infime ou nulle de consommation.

Les expériences de G. de Layens redonnèrent de la voix aux fixistes dont Vignole qui déclara: "Eh bien! que dites-vous de cela, messieurs les théoriciens, qui dans votre amour de la nouveauté, osez nier ou affirmer que vous ne savez pas, c'est à dire que des méthodes défectueuses ne peuvent vous apprendre?
Et surtout que va penser de votre savoir M. le Ministre du Commerce, que vos affirmations erronées ont amené à dire en plein Sénat que la production de la cire était toujours onéreuse. Voici qu'un de vos chefs les plus autorisés et l'un des plus méritants vient vous dire en s'appuyant sur une expérimentation comparative et sérieuse: l'abeille produit la cire sans nuire à la récolte du miel, quand elle est en situation d'utiliser toutes ses aptitudes.
C'est ce que nous avons dit depuis bien longtemps, nous autres pauvres fixistes; nous avions beau nous baser sur des faits, on ne nous croyait pas. Maintenant que ce chef mobiliste a parlé, se donnera-t-on la peine de contrôler ses déclarations? Nous nous réjouissons de voir que M. de Layens, pour lequel nous avons depuis longtemps la plus grande estime, vient d'infirmer l'erreur commise par les partisans des doctrines de Berlepsch."

Les expériences faites en claustrant les abeilles ne peuvent être considérées comme expériences concluantes. Toutes les abeilles mangent du miel mais ne produisent pas obligatoirement de la cire qui est la principale fonction des cirières.
Celles des apiculteurs français ont été faites dans des conditions normales d'exploitation... mais l'apiculture a gardé comme "article de foi" les résultats de Berlepsch sans préciser que les résultats étaient sans conséquence pour la récolte.

Communication sur les expériences de M. Perret-Maisonneuve.

Pour contrer les affirmations des fixistes qui déclaraient que la secrétion de la cire par les abeilles était indispensable, M. Perret-Maisonneuve fit dans le courant des années 1927 et 1928, des expériences pour tenter de prouver que la secrétion de la cire par les abeilles n'étaient pas nécessaire à leur biologie.
Ayant simplement amorcé des cadres de hausses de minces bandes de cire gaufrée comportant quelques rangées de cellules seulement et les ayant donnés aux abeilles, en pleine mieillée, en y ajoutant, sous la traverse supérieure de chaque cadre, des pastilles de matières plastiques colorées très éloignées de la cire, les abeilles, tout en secrétant de la cire pour construire leurs rayons, y mélangèrent elles-mêmes les matières plastiques mises à leur portée.
De ce fait, il conclura que l'abeille pouvait vivre normalement sans secréter de cire et rappela que l'abeille avant d'être un insecte social avait été une abeille solitaire et que sa secrétion cirière avait été développée sous la poussée du besoin économique collectif.
Cependant il précisa bien que c'était uniquement en pleine mieillée et en pleine mieillée seulement que l'abeille utilisait ces matières étrangères à la cire secrétée ou étirée sur feuilles gaufrées.
Malgré tout, par l'utilisation de produits étrangers mis à sa disposition, l'auteur considérera que la secrétion de la cire est pour l'abeille une fatigue, une perte de temps et un gaspillage de provisions.
Il comparera la secrétion de la cire à la transpiration chez l'homme et la considère comme non nécessaire et non vitale.

Cette communication fut faite au VIIIe congrès International de Turin qui eut lieu du 8 au 10 septembre 1928, présentée par le Professeur Montagano et à l'Académie des Sciences de France.


Les réactions furent vives et E. Angelloz-Nicoud, autre spécialiste des abeilles et favorable aux cadres comme l'auteur du communiqué, lui répondit par un article dont je ne puis, par sa longueur, reproduire. Il considère que la secrétion de la cire est indépendante de la volonté de l'abeille mais instinctive face aux conditions; il assure qu'une abeille seule ne produira pas de cire mais que dans certains cas, elle devient un besoin pour la colonie. Les anciens mouchiers ayant de l'expérience disaient: Si tu veux avoir miel et essaims, détruis les cires noires.
En ce qui concerne l'évolution d'abeilles solitaires en insectes sociaux, il serait reconnaissant envers le savant qui voudrait bien lui démontrer la possibilité des formidables transformations qu'il aurait à faire subir à nos mères-abeilles pour les rendre capables de reprendre la vie solitaire...
Il compare la secrétion de la cire à la production de graisse chez les vertébrés dont l'accumulation sortira en lamelles chez les abeilles.
Pourtant si nous reprenons la thèse de Perret-Maisonneuse, que la secrétion de la cire est semblable à la transpiration, la conclusion que nous pourrions apportée aujourd'hui est totalement différente de la sienne. La transpiration est une fonction physiologique nécessaire à la régulation de la température du corps, à la détoxication de l'organisme mais aussi un vecteur du système hormonal; donc une fonction nécessaire à l'équilibre et la bonne santé. Aussi la proposition de Perret-Maisonneuve que transpirer est bien une fonction biologique pour l'homme, mais non une fonction nécessaire, un besoin vital, dans les conditions normales. pourrait bien être totalement fausse ou totalement inadaptée à ce qu'il veut démontrer.
Alors s'il en est de même pour les abeilles, laissons les transpirer pour leur bien-être et leur équilibre!
Angelloz-Nicoud concluait: Le mobile des actes de nos abeilles nous échappe si fréquemment que vraiment, il n'y a pas lieu de nous étonner ici. Cherchons, expérimentons: nous y retrouverons grand plaisir et parfois une miette de vérité. La ruche sera toujours le sanctuaire du mystère et l'abeille l'animal le plus merveilleux de la terre.

Ce qu'aucun n'a remarqué, c'est que la construction des cires amène du dynamisme à la colonie, un facteur essentiel de bonne santé chez tous les organimes, ce qui n'est pas une fatigue, une perte de temps et un gaspillage mais au contraire une accumulation d'énergie favorisant santé, résistance et "vision" vivifiante du futur... tel le sport pour chacun de nous!


pub pubRappelons que Perret-Maisonneuve est l'auteur de L'apiculture intensive et l'élevage des reines et qu'il avait des intérêts dans la propagation de ce type d'apiculture; il démissionna de la Socié Centrale d'Apiculture car son rôle n'était qu'honorifique....

Du dynamisme de l'abeille.

Le dynamisme des ruches sauvages

Le dynamisme est une preuve de la bonne santé des êtres vivants et des apiculteurs comme A.Charlier, ont remarqué que les colonies d'abeilles sauvages étaient douées d'un dynamisme remarquable. photo.

En apiculture

A ma connaissance, malgré la profusion d'ouvrages et d'articles traitant de l'abeille, son dynamisme n'a jamais été abordée alors qu'il est un facteur primordial de bonne santé.

Georges de Layens conclut que l'essaim travaille plus vite dans le cas où il construit ses cires mais ignora que cette activité pouvait être dûe par un regain de dynamisme, ce qui est bien différent!
Il est évident que dans ce cas, les abeilles travaillant naturellement, selon leur loi et leur biologie, la colonie acquiert de l'énergie et de la dynamique et de ce fait une bonne santé et de la résistance face aux agressions, alors que dans le cas où l'on installe des cires gaufrées, cette mécanique est troublée par une présence qui en fin de compte leur est défavorable.
Les observations de l'abbé Sagot

Louis Sagot notait la nécessité de nourrir les abeilles de miel: "S'il sait s'en contenter et modérer l'appétit de ses désirs, il s'apercevra bien vite qu'il double l'activité de ses abeilles loin de les décourager, et que par là même il double également ses bénéfices." et les constatations de l'abbé Delépine: lire, celles désastreuses de l'apiculteur qui supprimait la reine lorsqu'un essaimage était préssenti, montre que l'abeille répond à un grand dynamisme lorsque son écologie et sa biologie sont préservées. Lorsqu'une manipulation, un manquement à sa nourriture naturelle, une intervention inadéquate sur l'évolution de la colonie, ou l'introduction d'un corps étranger dans la ruche interfèrent avec cette dynamique, celle-ci s'en trouve amoindrie et perturbée amenant une baisse d'activité, compensée par les apiculteurs par l'obtention de ruches populeuses, mais n'en doutant pas par une moindre résistance.

Mes observations

croquisPour transvaser naturellement des colonies en ruche Dadant vers mes ruches, je posais les premières sur les secondes afin que la colonie l'occupe par ses constructions lorsqu'elle aura besoin d'espace.
Je m'aperçus qu'il était nullement nécessaire de jeter un coup d'oeil par le coté vitré de la ruche. L'activité des abeilles à son entrée renseignait aussitôt lorsqu'elles avaient commencé leurs constructions, alors que les colonies ne construisant pas poursuivaient leurs entrées/sorties d'une manière tout à fait régulières mais sans le dynamisme des premières qui paraissaient joyeuses.

Diverses considérations

D'autre part cette mise en œuvre pourrait participer à la cohésion à la colonie, propre à contre-carrer le CCD qui semble être une désintégration de la colonie d'abeille... associée à tous les désordres environnementaux dûs principalement à l'agriculture intensive et l'utilisation de produits de plus en plus insidieux.
Remarquons que la construction des cires qui apporte un dynamisme propre aux insectes sociaux correspond à la miellée, à l'élevage du couvain et à la saison, se ralentit à sa fin pour se mettre en veille en hiver; elle s'harmonise ainsi avec la nature toute entière. Dans tous ces cas, ceci amenait une consommation de miel sans la contre-partie d'une plus grande activité produisant une diminution de provisions par rapport à celles consommées, donc d'un moindre rendement.
On peut avancer l'hypothèse que les abeilles travaillant dans un contexte naturel, dépensent une moindre énergie pour élaborer la cire, que leur économie en est améliorée ce qui leur permet d'avoir une activité plus grande et vivifiante.
Ce dynamisme n'a qu'un seul but- et ce n'est pas emmagasiner du miel: c'est la propagation de l'espèce par l'essaimage et toutes tentatives d'enrayer ce phénomène ne peut qu'apporter disfonctionnements à l'intérieur du corps des abeilles; reine, abeilles et bourdons car c'est tout le fonctionnement de la colonie qui s'enraye.

Un véritable camp de travail: la grande ruche

Lorsque le mobilisme se mit en place, on l'accompagna de la nécessité d'établir de grande ruche afin d'accueillir des colonies populeuses qualifiées "colonies fortes", car il est établi qu'une colonie de 20 000 abeilles ne travaille pas comme deux colonies de 10 000 abeilles mais comme 10 000 multiplié par un coefficient supérieur à 2, qui lui-même est exponentiel. On voit de suite ce que peut faire l'exploitant ayant connaissance d'un tel processus. Comme le veau, il fallait l'engraisser!
D'autre part, on choisit ce type de ruches car avec celui-ci, l'essaimage se réduisait ce qui correspondait aux critères de l'élevage intensif où l'essaimage devait être supprimé.
Or, lors de l'essaimage, nous pouvons percevoir, entendre et voir que c'est une immense énergie qui se met en place au sein de la colonie.
Pourquoi l'essaimage tend à se réduire dans de telles ruches. Déjà Jean Hurpin notait au début du 20e siècle que les abeilles soumises à un régime de production intensive et de concentration exagérée des populations dans les ruches modernes, véritables usines où le surmenage est aussi la règle, s'anémient et voient diminuer leur potentiel de résistance organique.
Le premier instinct de l'animal est de pérenniser l'espèce. On peut légitimement penser que dans ces ruches, l'énergie de la colonie n'est plus dirigée vers ce besoin essentiel, devenu alors secondaire, mais vers sa survie dans cet habitat disproportionné et son activité dirigée vers cette urgence immédiate: emmagasiner du miel proportionnellement à sa nouvelle "corpulence", ce que cherche exactement l'apiculteur, qui lui est tourné vers un seul but: augmenter le profit! Il sera alors nommé au 19e siècle, " homme de progrès", "rationnel" ou encore favorisant "les bonnes méthodes"!
La ruche devient alors un véritable camp de travail où seul domine l'instinct de survie par lequel la colonie s'épuise, et l'on sait que de tels camps sont l'antichambre de la mort.
On peut rapprocher ces procédés à l'agriculture intensive et aux élevages industriels où l'on augmente le poids des animaux par tous les procédés possibles pour un rendement maximum, animaux destinés à la boucherie mais nullement à la reproduction de l'espèce dont on sait qu'ils seraient inefficaces.

La stigmergie

On peut penser raisonnablement que si cette stigmergie existe dans la colonie de l'abeille, elle se manifeste toute au long de la vie de la colonie et dans toutes ses activités.
Alors il devient nécessaire de considérer que de cette dernière est en totale harmonie avec la biologie de la colonie et nous pouvons dire alors que le fait de ne pas à avoir secréter de la cire amène un déséquilibre entre ce besoin et la non satisfaction de celui-ci.
N'oublions pas que la colonie entière est un corps organisé et l'un des grands défauts de l'apiculture moderne est de considérer l'abeille, la reine et le bourdon en individus séparés à l'image de celui qui les étudie.

Conclusions

Dans tous les cas où l'on laisse les abeilles vivrent selon leur nature, une augmentation de leur activité est constatée.
Au lieu d'avoir de populeuses colonies dans de grandes ruches par des moyens artificiels, mieux vaut d'avoir des colonies fortes en santé, de taille conforme aux caractéristiques de la reine et de leur nature, dans des ruches adaptéees à leur taille en toutes saisons, mais plus dynamiques, plus actives et plus résistantes.

Dans tous les cas nous voyons qu'à défaut de produire 40 kg de miel par an, la ruche sauvage posséde de nombreux atouts pour garder une bonne santé à ses hôtes, les faire prospérer et garantir la pérennité de l'espèce sans faire appel aux produits chimiques.
Faisons confiance à la nature; l'homme a déja fait disparaître nombre d'animaux, ne le laissons pas abuser et user de ses moyens de destruction à des fins de domination ou satisfaire sa cupidité. Comme en culture écologique qui ne produit pas des tonnes de pommes-de-terre au m2, mais des légumes à la saveur sans égale, sans aucun traitement, contentons-nous de ce qu'elle nous donne, soignons-la et protégeons-la.

Des interventions

photoA la fin du XIXe, en Prusse, les abeilles furent soumises à des milliers d'expériences sur l'hibernage qui se traduisirent par la disparition de 227 824 ruches en 10 ans, selon les statistiques officielles de cette époque. C'est enfin que certains apiculteurs comprirent qu'il était préférable de laisser les abeilles tranquilles et n'intervenir qu'en cas de nécessité absolue.
Une autre constatation est qu'il faut laisser travailler les abeilles comme elles le décident et non les forcer selon le désir de l'apiculteur.

Du sentiment de sécurité que doivent ressentir les abeilles, celles-ci doivent travailler en toute quiétude et ne pas être sujettes aux interventions de l'apiculteur, et le couvain "mis à nu" par un quelconque observateur.

Les colonies qui sont fortement dérangées cessent petit à petit toute activité; c'est toujours le cas lorsque l'apiculteur travaille dans le nid à couvain: Les jeunes abeilles abandonnent leurs multiples activités comme le nourrissement du couvain ouvert, la ventilation, la garde, etc..., les butineuses rentrant avec du pollen courent inquiètes sur les rayons, beaucoup d'abeilles visitent les cellules de miel pour remplir leur jabot. La reine s'enfuit, arrête sa ponte et les abeilles cessent de la nourrir. Il faudra plusieurs heures avant que la colonie ne reprenne son activité normale. Si cela se passe un jour de miellée, ces dérangements provoquent... une perte de plusieurs centaines de grammes de nectar. photo

Conclusion

La ruche à cadres, incite par leur facilité, manipulations et interventions inutiles et provoque stress à la colonie et refroidissement du couvain.

La ruche à cadres sert le confort de l'exploitant, la ruche écologique et sauvage, celui de l'abeille.
Dadant est à l'apiculture ce que Carla Bruni est à la chanson, la musique militaire à la musique, Guy des Cars à la littérature et le rata à la gastronomie...

 

Le dynamisme naturel d'une colonie est apporté par:
- la construction des cires;
- l'essaimage qui renouvelle la reine et stimule l'activité;
- la nourrissement au miel, aliment naturel de l'abeille.
- la non perturbation de leurs travaux.

 

Une colonie d'abeilles dans l'espace et le temps est un organisme cohérent, dynamique, équilibré, harmonieux; aussi une telle architecture vivante ne peut-être manipulée en aucune façon sous peine d'en avoir de multiples conséquences dont la plus grave serait sa disparition.
Il est évident que si l'on désire une apiculture de qualité on choisira celle qui respecte l'abeille, son écologie et son habitat, comme en jardinage, on choisira une culture qui respecte la plante et la terre. C'est le seul moyen d'avoir une chance d'obtenir un miel de qualité, exempt de pollution interne à la ruche et de favoriser une apiculture répondant à des besoins simples que sont une alimentation saine et une vie respectueuse de l'abeille.

L'ensemble des observations donne entièrement raison à Michel Cardinaux quand il déclare:

Devant la complexité des faits biologiques, nous devrions alors toujours considérer la ruche d'abeilles non comme une extension artificielle de l'essaim mais comme un élément d'un vaste ensemble interactif. La conception dominante qui l'assimile à une colonie de production n'est donc qu'un moment de l'histoire humaine. Une vue qui s'articule autour d'un intérêt strictement économique ne peut être que bornée et veut fondre les organismes vivants dans un plan préétabli, alors qu'en réalité nous ne faisons qu'entrepercevoir un monde aux dimensions multiples.

Remarque

Dans tous les ouvrages écrits par les apiculteurs dits "modernes", aucune de ces considérations sont prises en compte. On y trouve moult détails sur la morphologie de l'abeille, moult planches anatomiques quelquefois de belle qualité avec les différentes fonctions des organes, mais de l'écologie de l'insecte, nenni. Celui-ci est réduit à un insecte de production mellifère totalement mue par un comportement d'origine mécanique sans aucun lien avec un quelconque "esprit de la ruche".
Il est à se demander même si toutes les informations et constations militants pour un changement de l'apiculture moderne et un respect de la vie de l'abeille ne sont pas tout simplement passées sous silence...

De la préférence des abeilles

photoMaurice Rouvière, apiculteur, fit différentes expériences, notamment en laissant un espace libre entre les cadres contenant de la cire gaufrée. Les abeilles délaissèrent cette derniere pour construire elles-mêmes leurs propres gâteaux.
Tout comme l'abbé Delépine, il remarqua que les abeilles le firent à des vitesses élevées.
Alors qu'il mit de la vieille cire en amorçage de cadrons, les abeilles la grignotèrent pour la remplacer par de la cire neuve.
Ceci prouve bien que les abeilles préfèrent vivre selon leurs lois et que leurs capacités sont adaptées pour vivre avec ces dernières.

Sources

Tous les ouvrages concernant l'apiculture selon la ruche Warré. +
- Edmond ALPHANDERY- Encyclopédie apicole.photo
- Bulletin de la Société Comtoise d'Apiculture- numéros de janvier, février et mars 1929.
- Michel CARDINAUX- L'homme et l'abeillephoto
- Sylvestre COLLIN- Le guide du propriétaire d'abeilles et "l'Apiculteur".
- R. DUCOUEDIC- La ruche pyramidalephoto
- Henri HAMET- Cours pratique d'apiculturephoto
- Jean HURPIN- L'apiculture pratiquephoto
- Rodolphe LEROY- Les abeilles et la ruche mixte.photo
- Jean LOUVEAUX- Les abeilles et l'apiculturephoto
- LPO- Sauvons nos abeilles- bulletin trimestriel des propriétaires de refuges n°3
- Abbés SAGOT et DELEPINE - Les abeillesphoto
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