L'abeille dans les traditions

 

... l'essaimage naturel est un facteur à peu près indispensable de la régénération de l'espèce et un des meilleurs moyens de sélection naturelle.
Il est d'ailleurs facile de constater que, si une forte colonie qui essaime est momentanément affaiblie et ne peut donner une récolte la même année, elle devient excessivement active par la suite et se classe en tête des meilleures ruches de production, cela non seulement parce que l'essaimage a permis le renouvellement de la reine, mais encore parce que toute la colonie a été régénérée et stimulée par l'accomplissement d'un acte physiologiquement indispensable à l'espèce.
Jean Hurpin     

L'essaimage

Ses caractéristiques.

L'essaimage est le mode de reproduction de la colonie, c'est à dire du super organisme.
Dans la ruche, il se divise en deux après la naissance d'une nouvelle reine, dans la même proportion d'abeilles jeunes et plus agées. Après s'être gorgé de miel l'essaim s'envole avec la vieille reine pour se rendre aux abords de la ruche; dans l'ancienne, la jeune reine sera fécondée et la vie continuera; plus tard, dans le nouvel essaim, la vieille reine sera remplacée par une nouvelle, ainsi la colonisation de l'espace se poursuivra.

Ce processus est complétement naturel et permet aux abeilles de se perpétuer et de se propager. Il est favorisé par le manque de place, par une miellée lente et longue ou par une chaleur excessive. C'est la vieille reine qui quitte l'habitation, accompagnée de la moitié de la colonie formée de mâles et d'ouvrières de tous âges, gorgés de miel.
d'après "Refuges LPO INFO"

C'est aussi le procédé vital de rajeunissement de la ruche; il la ré-équilibre dans le but de survivre et lui donne de la résistance. En effet les nouvelles abeilles nées à partir des larves de la nouvelle reine seront plus dynamiques et résistantes que celles nées de l'ancienne.

Son déroulement

gravureLorsqu'un essaim quitte la ruche, il va s'acrocher non loin de là, et envoie 200 à 300 prospectrices qui vont explorer les environs afin de repérer un futur habitat. Chacune d'elle ayant trouvé un lieu revient à l'essaim et exécute une danse sur le corps de ses compagnes qui n'est perçue que par les abeilles qui lui sont proches. Ainsi dans l'essaim, une vingtaine de prospectrices ou plus dansent en même temps. Cependant les abeilles ayant trouvé des cavités médiocres vont se taire peu à peu et ne resteront en piste que les abeilles ayant trouvé des "locaux convenables" à la colonie. Les critères sont alors vérifiés par des éclaireuses qui examinent les moindres recoins, le volume et son état; une petite quantité d'abeilles sera ainsi informée de cet emplacement et en connaitra la localisation en faisant plusieurs fois un va et vient entre l'essaim et le nouvel habitat; elle fera sans cesse des danses pour en informer l'ensemble de la colonie. Des abeilles vont alors s'installer et marquer l'entrée du nouvel habitat en effectuant des vols bourdonnants et en diffusant la phéromone de Nasarov.
Pour informer le plus grand nombre d'abeilles possible, seules les abeilles en surface ont pu être averties, les danseuses entrent alors au cœur de la grappe par des trajectoires tridimensionnelles en émettant un sifflement avec leur musculature alaire. Les abeilles ainsi averties montent alors leur température; quand l'ensemble a reçu le message, sa température s'élève alors à environ 35° Celsius. C'est alors que la colonie explose en une forme de boule d'abeilles au vol lent traversée par celui rapide des éclaireuses qui connaissant la destination indiquent à leurs congénères le sens du vol qu'elles doivent adopter par des trajectoires en ligne droite toujours orientées, que ce soit dans un sens ou dans l'autre, vers la destination finale. La forme de boule de l'essaim prend alors celle d'un cigare qui se dirige directement vers la nouvelle demeure. Aussitot les cirières se mettent à l'œuvre, les parois sont enduites de propolis et les courant d'air obstrués. La construction des rayons commence: une nouvelle éternité commence...

L'essaimage dans l'histoire de l'apiculture.

Jusqu'au XIXe siècle.

Jusqu'à cette date, le seul moyen d'agrandir son rucher ou d'acquérir de nouvelles colonies est de récupérer les essaims naturels. L'essaimage est alors considéré par l'apiculteur comme un événement heureux, faisant partie de l'ordre naturel des choses et qu'il faut s'en réjouir comme d'une nouvelle naissance.
Après des siècles où l'étouffage des colonies étaient la loi qui permettait la récolte du miel, il fallait en effet renouveler régulièrement les populations d'abeilles et malgré cette pratique barbare, il n'eut jamais de catastrophes et de crainte de voir les colonies disparaître.
A juste titre, afin de faire cesser cette méthode, les sociétés d'apiculture engagèrent une guerre contre elle, en incitant les apiculteurs à pratiquer les "bonnes méthodes", c'est dire à récolter le miel dans des hausses qui devinrent peu à peu la pratique habituelle. Puis arriva le cadre et les manipulations où l'essaimage fut combattu au profit du contrôle absolu de la ruche par l'apiculteur, règle qui est encore pratiquée de nos jours et qui peut être l'un élément influant sur la disparition de l'abeille.

Dans l'apiculture moderne

L'essaimage est un phénomène complexe qui démarre bien avant son envol, qui est vécu par la majorité des apiculteurs comme une perte, sinon une catastrophe, puisque son objectif principal est la récolte du miel. Malgré tout, celui-ci peut être accueilli tout autrement en considérant la naissance d'une nouvelle colonie et non la récolte du miel diminué!
Des procédés compliqués sont proposés pour stopper l'essaimage en intervenant sur le couvain, méthodes qui ne font qu'apporter une agression supplémentaire en créant stress et désorganisation dans le processus naturel de la colonie. Il est plus sage de contrôler l'essaimage par la prévention s'intégrant dans la conduite générale du rucher et d'accepter ce processus biologique naturel de tout être vivant.

Il est souvent remplacé par une manipulation que permettent les cadres: la division. Or il faut bien voir que cette manipulation avec tous les risques qu'elle comporte est une épreuve subie par la colonie qui met en place une énergie de survie alors que l'essaimage est son processus naturel d'évolution mettant en activité son énergie positive afin de respecter son équilibre.

Un apiculteur, afin de prévenir l'essaimage, supprimait la reine dès qu'il constatait la présence d'amorces de cellules royales, assuré que la reine serait remplacée par une nouvelle et qu'elle n'essaimerait pas. Mais après quelques années de cette pratique, son rucher fut frappé de la maladie du "couvain calcifié" et les colonies si affaiblies que cette maladie devint endémique. C'est Ernst Perkiewicz qui en découvrit la cause: le fait d'interrompre le processus d'essaimage déséquilibrait gravement la colonie qui s'afflaiblissait d'années en années et offrait alors un terrain favorable à la maladie.

dans "L'abeille, conduite et soins.photo"

Poursuite et récolte d'un essaim

Recupérer un essaim est quelquefois un exercice très acrobatique et n'oublions pas que l'ami des abeilles et apiculteur averti qu'était l'abbé Collin, se tua à l'age de 79 ans en voulant en récupérer un. Ce ne fut sûrement pas le seul!
Un instituteur, Mr Skibbe nous livre une méthode pour retenir un essaim à la sortie de sa ruche:
"Il consiste à planter à peu de distance des perches d'une hauteur de 5 à 7 mètres au bout desquelles on attache une poulie qui reçoit une ficelle dont le bout porte un morceau d'écorce de chêne de 50 cm2 qu'on monte et qu'on descend à volonté. L'écorce est attachée de façon que la partie extérieure, la partie rugueuse, soit tournée vers le bas.... et forme planche en clouant des traverses légères sur sa partie intérieure.
Pendant la période de l'essaimage, on tient les plaques d'écorce de chêne à 4 ou 5 mètres du sol, et les essaims qui sortent vont s'y attacher.
Depuis nombre d'années, j'applique ce moyen et jamais je n'ai été obligé de sauter les haies, murs et fossés pour rattraper des essaims."

La Gazette de Gravernhorst cite un vieux praticien allemand qui usait de ce moyen; il n'en coûte peu de le tenter encore aujourd'hui!

Après avoir énuméré les moyens traditionnels pour arrêter les essaims, un apiculteur allemand qui élève des abeilles en forêt, raconte sa méthode pour fixer les essaims:
Un essaim semble t-il hésiter à s'accrocher, fait-il mine de s'enfuir, ou même commence t-il à filer, vite on se place de façon à avoir devant soi le soleil et l'essaim, et au moyen d'un fragment de miroir ou d'une petite glace de poche, on envoie des rayons de lumière à travers les voyageuses, de-ci, de-là, comme s'il y avait des éclairs. Les abeilles sont-elles éblouies ou croient-elles l'approche d'un orage? je n'en sais rien, mais elles se ramassent de suite et ne tardent pas à s'accrocher, et généralement à ras de terre.
[...] J'ai réussi chaque fois à arrêter ces essaims vagabonds au moyen de ma petite glace; il est même arrivé qu'un essaim, arrêté de cette façon, s'est logé dans une ruche vide, se trouvant par hasard dans mon rucher, et qui devait recevoir son essaim artificiel ces jours-là.

M. Barnack - Maison forestière de Holscherholz par Harpstedt dans "L'apiculteur"

gravuregravure
gravure La tradition représentait l'apiculteur poursuivant un essaim issu de son rucher en frappant sur un ustensile de cuisine. Pour certains, ceci pour avertir que celui-ci lui appartenait et qu'il pouvait s'en saisir, pour d'autres, pour tenter de l'arrêter, le tonnerre, selon des croyances antiques, ayant la faculté d'arrêter les essaims.
Une autre gravure montre un apiculteur jetant de la terre en direction de l'essaim, geste destiné à ce qu'il se pose.
Une fois posé, divers procédés sont utilisés pour l'enrucher; le plus couramment en faisant tomber l'essaim dans une ruche renversée.
gravure
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Sources

- Edmond ALPHANDERY- Traité complet d'apiculture.photo et Encyclopédie apicole.photo
- Henri HAMET- L'apiculteurphoto
- Philippe MARCHENAY- L'homme et l'abeillephoto
- Jürgen TAUTZ- L'étonnante abeille.photo
- Mathias K. THUN- L'abeille, conduite et soinsphoto
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