L'abeille dans les traditions

 

Les plus beaux voyages ne se font pas dans l'espace, mais dans le passé de la terre et des hommes.

François Nourissier.

Brève histoire de l'apiculture

La préhistoire

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En France nous n'avons pas découvert de figurations préhistoriques concernant la récolte du miel à cause du climat glaciaire qui recouvrait le pays à l'ère du néolithique et il faut se rendre en Espagne pour découvrir de telles scènes.
L'une d'elle est présente dans la "Cueva de la Arana" sur la commune de Bicorp, province de Valence en Espagne mais aussi dans la province de Castellon où une gravure rupestre figure une scène de récolte de miel datant de 4000 à 4500 ans avant J.C.

Les premiers siècles et le Haut Moyen-Age

photoLes Gaulois devaient recueillir le miel des abeilles sauvages et en ces débuts de notre histoire datée, on peut supposer que la récolte du miel se faisait encore à l'aide d'échelles et que la ruche s'imposa peu à peu au gré des invasions par l'apport de nouvelles populations apportant leurs nouvelles façons de vivre, leurs techniques artisanales et culturales.
Bien que les méthodes d'exploitation nous soient inconnues, des lois étaient édictées concernant la récolte du miel.
Sous Charlemagne, seul le Capitullaire de Villis nous renseigne de l'apiculture de cette époque.

Du Moyen-Age au XVIIIe siècle

Les sources

Les traités ne mentionnent que très briévement l'élevage de abeilles alors qu'en cette période le miel remplace le sucre et les besoins en cire sont très importants, tant dans la noblesse que dans les rites religieux. Dans son De animalibus, Albert le Grand ne fait qu'emprunter à Aristote sa vision du monde apicole. Cependant, au début du XIVe siècle, Pietro de Crecenzi consacrera plusieurs chapitres de son "Traité d'agriculture" aux animaux de la ferme, y compris les abeilles, et Ibn Butlan, dans le Tacuinum sanitatis, des rubriques comportant des illustrations intéressantes.

Un site consacré au Chatillonnais en Bourgogne nous donne à lire quelques actes concernant des ventes de "vaisseaulx de moichotes": lire

Les procédés

La récolte du miel des essaims sauvages est une activité encore très présente au Moyen-Age. Elle se fait généralement par étouffage et la multiplication de l'abeille par celle des essaims naturels. A coté de cette acitivité forestière, sont établis des ruchers constitués de ruche en paille surmontée d'un surtout pour la protéger des intempéries, peuplées par la récupération d'essaims sauvages. Peu d'ouvrages nous parlent de l'apiculture pratiquée à cette époque et c'est avec les découvertes du 18e siècle que l'apiculture prendra un nouvel essor. Mais, déjà on utilise des hausses car elles sont citées dans le Traité d'agriculture de P. de Crescenzi et les auteurs des quelques ouvrages font l'apologie de leurs méthodes qui ne sacrifient pas les abeilles pour la récolte du miel.
Voir histoire des ruches-

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Les opérations apicoles se résument à récolter les essaims et à les poursuivre par un charivari pour tenter de les faire poser en leur jetant de la terre ou de l'eau et à récolter le miel, soit par asphyxie, soit par enfumage en ne prenant qu'une part de miel pour l'apiculteur.

Les rayons récoltés sont broyés et le miel passé d'abord à travers une claie en osier puis d'une étamine pour celui de première qualité. Les cires sont ensuite pressées pour en retirer le reste du miel.

Les bigres

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Médaillon en cire
Le terme "bigre" est issu du mot latin apiger, api, abeille et gererer, gouverner, conduire; autres mots formés: apicurus et apes. Au cours de son évolution, le "a" fut supprimé et le "p" transformé en "b" comme il fut souvent pratiqué. Ainsi le mot "picurus" devint "bicrus", homme employé dans les chartes latines et françaises à partir de XIIe siècle puis "bigre", garde chargé de veiller aux abeilles dans les forêts dites "terres de bigrage". Ce dernier avait le droit de couper l'arbre dans lequel vivait l'essaim dont le bois leur revenait pour le chauffage, ce qui les fit appeler en certaines localités "francs-bigres" par opposition aux voleurs de bois qui ravageaient les forêts.

Au Moyen-Age, l'abeillage était un droit féodal qui permettait aux rois, seigneurs et abbayes de prélever une certaines quantité d'essaims, de ruches, de cire et/ou de miel dans les ruchers de leurs vassaux. Cependant, la récolte du miel était abondante en forêt et aux XIV et XVe siècles, les seigneurs et les ecclésiastiques ont recours à des agents forestiers, les "bigres", qui recueillent les essaims sauvages et les entretiennent dans des ruchers qui peuvent être au milieu des bois: les "bigreries" ou "hostels aux mouches".

En Lorraine, les seigneurs- fin du XVe siècle- laissent à des paysans le soin d'élever leurs abeilles qui sont ainsi des apiculteurs-métayers nommés "brixeurs" ou "briseurs jurés". Il existait ainsi un briseur par gruerie ou prévôté.

Le XVIIIe siècle

Les découvertes de Réaumur donnent un nouvel élan à l'apiculture.
C'est en 1730 que Jacques de Gelieu, père de Jonas de Gelieu invente la hausse, qu'il dispute la primauté à G. de Formanoir de Palteau, qui permet une récolte sans destruction de la colonie. Celui-ci avait reçu l'approbation de M. de Réaumur- lire.
A partir de là, une nouvelle forme d'apiculture apparait dans le soucis de ne plus détruire les colonies pour la récolte. De nombreux apiculteurs se font auteurs dont M. Lombard, Féburier et de nombreux vulgarisateurs, tous acquis à la ruche à hausses et contre la pratique de l'étouffage.

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Selon les régions, l'étouffage se pratiquait traditionnellement durant la semaine sainte ou à la Saint-Jean.
En 1848, on estimait à 3400 le nombre de ruches étouffées dans la région d'Evreux en une seule année. Cependant ce chiffre ne veut rien dire si on ne le compare pas au nombre de ruches en activité qui atteignait 67 311 dans la Manche, 78 000 dans le Morbihan. H. Hamet estimait que ces chiffres étaient inférieurs d'environ 25% à la réalité.
Les essaims étaient alors une richesse et considérés comme un bienfait et de ce fait leur nombre étaient bien supérieur au nombre de ruches étouffées.
D'autre part, la culture des plantes fourragères, sainfoin et luzerne, les prairies naturelles prépondérantes, le colza, cultivé sans insecticide et le sarrasin donnaient aux abeilles toutes les possibilités d'expansion et de vie selon leur biologie.
Bien que cette pratique soit à condamner, l'étouffage avait cet avantage de stopper radicalement l'extension des maladies qui auraient pu se transformer ensuite en épizootie.

Le XIXe siècle

Ce fut la période la plus féconde de l'apiculture où un grand nombre d'ouvrages furent édités, tant sur l'abeille que dans le domaine des ruches où les modèles sont infinis. Certaines sont en paille, d'autres en bois ou mêlent corps en paille et hausse en bois.
Si pour certains apiculteurs, le principe qui mène ces constructions est de respecter l'abeille et de les diriger, d'autres n'y voient que le moyen d'intensifier ses travaux. Ce fut malgré tout l'age d'or de l'apiculture, tant pour l'abeille que dans la créativité des apiculteurs pour les loger ou pour créer de nouveaux outils, dans la recherche de l'écoulement des produits et la fabrication de nouveaux où entraient le miel: alcools variés, vins, hydromels, savons, pains d'épices, etc....
Certains de ces apiculteurs donnent leurs visions du monde des abeilles qui aujourd'hui se révèlent totalement erronées car il est évident que le monde des abeilles ne répond pas à notre logique humaine.

A la même époque, en 1856, Henri Hamet fonde la "Société Économique d'Apiculture" et le journal "L'apiculteur" pour regrouper le monde des apiculteurs, alors sans structure et moyen d'information.

C'est la période où l'on cherchera à mécaniser l'apiculture dans toutes ses phases et M. Moreau proposera une machine à tapoter les ruches pour le transvasement, tandis que d'autres présentaient des métiers à faire des ruches et leur surtout- Voir.

Les encouragements

photoCe qu'il y a de commun entre les républiques et les différents régimes dictatoriaux tel le second empire, est qu'aucun n'est avare de médailles et autres distinctions à l'encontre des arts ou activités qu'il veut encourager ou mettre à l'honneur. Ainsi, seront créés de multiples prix et récompenses distribués par les ministères concernés et les organisateurs d'expositions et diverses manifestations régionales. L'apiculture n'échappera pas à cette avalanche, la société d'apiculture créera sa liste de prix afin de faire progresser cette branche de l'agriculture en combattant l'étouffage, améliorer la qualité des produits, encourager les inventions de matériels et la diffusion des "bonnes méthodes". Carcenac, son président d'alors, créera le prix qui porte son nom, pour récompenser les instituteurs enseignant l'apiculture à leurs élèves et propageant la "bonne parole". Ainsi, grand nombre d'entre eux seront récompensés pour leur enseignement et leurs actions en faveur d'une apiculture renouvelée. Nombreux aussi, ceux qui écriront des traités destinés à leurs élèves ou feront de la propagande pour améliorer les pratiques apicoles; celles-ci feront alors de grand progrès.
Tous ces prix et ces médailles ne feront pas que des heureux car ils alimenteront aussi les polémiques sur le bien-fondé de leur attribution, d'autant plus que bien souvent les membres du jury qui les décernaient ne comportait aucun apiculteur!

Ces médailles et et autres prix encourageront l'apiculture malgré, quelquefois, les procédés discutables d'attribution des récompenses. Par exemple le Calvados où, depuis six mois il est tombé presqu'autant de médailles que de pluie en juin dans le midi. Eh bien, cette abondante curée de médailles d'or se traduit pour le public par ceci: que non seulement les heureux lauréats qui les ont récoltées sont d'un mérite transcendant, mais que l'apiculture de ce département est en progrès marqué sur les autres régions; que le nombre de ruchers s'y est considérablement accru et que, grâce à ce progrès, leurs possesseurs jouissent tous d'un bien-être inconnu ailleurs; qu'il existe à Caen ou à Argences une société d'apiculture conduite par des fondateurs désintéréssés et dont l'enseignement rayonne non seulement sur le département mais sur la Normandie toute entière; qu'en un mot, la production du miel et de la cire a triplé dans ce département.

M. Depois

La formation apicole

Si de nombreux ouvrages et de nombreuses ruches sont les inventions d'ecclésiastiques, c'est que dans leur formation sont inclus des cours d'apiculture destinés à leur fournir un moyen d'existence. Certains propageront les nouvelles méhodes excluant l'étouffage ou seront des apiculteurs très engagés dans la profession.

C'est en 1818 que Lombard organise, avec l'approbation du ministre de l'Intérieur et la collaboration des préfets un cours d'apiculture public et gratuit dans son jardin situé au delà de la barrière du Roule dont les premiers élèves furent des dignitaires, ecclésiastiques âgés, militaires décorés et particuliers. Vinrent ensuite des représentants de province envoyés aux frais de leurs départements respectifs, des hommes et femmes de toutes classes sociales, des étudiants en droit ou en médecine, des propriétaires fonciers et petits cultivateurs, fermiers et métayers. Son enseignement s'appuie sur la ruche à calotte, est exclus la ruche en une seule pièce.
Ces cours eurent lieu jusqu'en 1824 et on estime que la moitié des départements français avait envoyé un représentant à ces leçons dont le jeune Andrieux du département de l'Aude qui fit des démonstrations auprès des apiculteurs et obtint une médaille d'argent en récompense de ses mérites.

photoEn 1853, le docteur Debeauvoys donna quelques cours en les transportant au jardin du Luxembourg pour faire connaître sa ruche; son aide Régnier pris la suite et dès 1854, H. Hamet repris les cours du Luxembourg.
En 1856 est crée le rucher-école qui pouvait loger une vingtaine de colonies d'abeilles et qui présentait un grand nombre de modèles de ruches et d'instruments d'apiculture. La partie arrière était réservée aux auditeurs et un petit terrain permettait la culture d'échantillons de plantes mellifères.
H. Hamet les poursuivit dans ce nouveau lieu en les réorganisant en 1857 avec l'autorisation et le concours du Sénat.
A la suite des travaux d'urbanisme du Baron Hausmann, la pépinière fut détruite en 1866 entraînant la disparition provisoire du rucher, qui fut rétabli en 1872 à son emplacement actuel, lequel fut reconstruit en 1991. Voirphoto
La reprise des cours d'Henri Hamet eut lieu le mardi 14 avril 1868 sous la tente élevée pour le cours d'arboriculture d'Auguste Rivière. Les leçons continuèrent tous les samedis et mardis suivants.
Il professa jusqu'à son décès en 1889. Edouard-Victor Sevalle lui succéda jusqu'en 1927. Puis ce fut M. Mamelle, ancien professeur d'apiculture de l'Ecole Grignon, M. Baudu de 1940 à 1949, puis de nouveau, M. Mamelle avec M. Bosc qui faisait les démonstrations pratiques.

L'enseignement de Henri Hamet

photo En 1855, H. Hamet obtient avec le soutien du Général marquis d'Hauptoul, grand référendaire du sénat, apiphile et éleveur d'abeilles, la concession d'un terrain dans le jardin du Luxembourg. Une enceinte est réservée pour les cours qui connaîtront un immense succès. En 1858, on enregistrera plus de 500 inscriptions et Hamet pourra mettre son adage en pratique Là où naît un animal, naît un pain.. Son enseignement est composé de 16 cours et toutes les ruches y sont présentées. Il encouragera les ruches à calottes et donnera la préférence à 4 grandes options, en ce qui concerne leur exploitation. On y apprendra l'histoire naturelle des abeilles, leurs produits, l'architecture des cires, les travaux et soins, les ennemis des abeilles, les ruches et le rucher, la récolte des produits et la fabrication de l'hydromel. Il donnait également des conseils: Soyez circonspects; commencez par quelques ruches seulement et augmentez-en le nombre à mesure que votre éducation se fera, à mesure que vous connaîtrez les ressources florales de votre localité, les diverses opérations que vous devrez pratiquer, le moment favorable des récoltes, la préparation et le débouché des produits, toutes choses qui ne s'apprennent pas en une journée, ni par la simple lecture d'un livre.

Un apiculteur, M. Emile Beuve sera désigné comme professeur apicole ambulant par le préfet de l'Aube. Jean-Baptiste Cocq le sera par sa Société d'Apiculture dans le Nord et Pas-de-Calais.
Certains apiculteurs, membres des société d'apiculture consacreront quelques heures de leur temps à enseigner les nouvelles méthodes dans leur environnement immédiat ou feront des démonstrations; tel sera le cas de M. Goubet à Périère près de Brest,M. Hacque, instituteur à Flavacourt- Oise. Certains donneront des cours dans des écoles normales: le général de Mirbeck à Vesoul, M. Sirand à Bourg-en-Bresse, M. Leperdriel à Saint-Lô..., des instituteurs tel M. Mentrée à Château-Salins donnera des cours d'apiculture à ses élèves.
Certains écriront des articles dans des revues autres que celles d'apiculture; ainsi M. Chapron écrira dans le Bulletin de la Société d'horticulture de Senlis.
A la veille de la guerre de 1870, la Société d'horticulture de Chartres, avait l'intention de créer un rucher dans les jardins de l'école normale de cette même ville et d'y faire un cours d'apiculture.

Conjointement à l'enseignement qui se développe en Europe toute une littérature et journaux apicoles circule entre chaque pays. Il faut citer le doyen, la Bienenzeitung de langue allemande, fondé en 1845 par Barth et Schmidt. Ses premiers articles furent de Dzierzon qui fut à l'origine des études apicoles en Allemagne. En France, ce fut l'Apiculteur d'Henri Hamet puis en Italie, l'Apicoltore de Milan, en 1867, le British Bee journal du Docteur Abbott à Fairlawn, près de Londres, en1872 et l'Apicoltore italiana de Turin en 1876.

 

Malgré tout, l'esprit conservateur des étouffeurs et les croyances s'opposeront quelquefois à un changement dans les pratiques: ainsi un instituteur aura fort à faire pour n'être pas taxé de folie ou de sorcellerie. Le garde champêtre d'une commune voisine, afin de préserver les administrés des chiens enragés passa chez tous les propriétaires d'abeilles pour les prévenir que malheur leur arrivera s'ils laissent pénétrer ce mécréant dans leur rucher. On va jusqu'à le dénoncer comme homme dangereux à son inspecteur. Il recevra une médaille de vermeil pour son engagement et son enseignement apicole.
Un apiculteur de Corrèze sera traité de "songe-creux" par les étouffeurs de son village.
Une autre opposition viendra aussi des marchands de miel: Si "l'apiculteur" continue d'attaquer les étouffeurs, comme il le fait depuis quelque temps, beaucoup de marchands qui sont des étouffeurs, se verront dans la nécessité de se désabonner. Que le journal se borne à développer l'apiculture et à nous renseigner; c'est ce que nous demandons. [...] On a toujours étouffé, on étouffera toujours.

Les buts recherchés

Dans les 30 dernières années du siècle, la grande occupation des apiculteurs sera de rechercher la meilleure race d'abeille et la première étude portera sur l'abeille chypriote. Elle se poursuivra sur les autres races mais c'est l'abeille carnolienne qui aura le plus de succès. L'introduction de l'abeille égyptienne sera tentée sans résultat.
Puis viendra où l'apiculture, par la recherche de la meilleure ruche- sous-entendu celle qui produira le plus de miel, c'est elle qui fait le miel et non l'abeille!- cédera la place à la "rucho-culture" avant de devenir au siècle suivant l'apiculture intensive, parallèlement à l'agriculture, par une standardisation de la ruche et un modèle commun de production.

C'est à cette époque que Paix Debeauvoys proposent l'asphyxie momentanée des abeilles pour la récolte et des expérimentations sont faites avec du nitratre de potassium, de l'acide carbonique, du lycoperdon; les difficultés rencontrées dont les conséquences étaient la mort d'un grand nombre d'abeilles mettront un terme à cette pratique. On rechercha également des substituts au miel et au pollen.

Les insectes et les animaux étant classés en nuisibles ou utiles, nombre d'entre eux seront la cible des apiculteurs. L'hirondelle et le pivert seront l'objet de la vindicte apicole mais aussi les guêpes dont on cherche à se débarasser.
Les bourdons ne seront pas épargnés car assimilés à des insectes parasites, paresseux et pilleurs et nombres d'apiculteurs présenteront des ruches dont l'entrée seront des pièges pour eux et des bourdonnières, appareils à les supprimer.

La solidarité apicole

L'un des buts prioritaires sera de palier au manque de protection juridique et de prendre en charge la responsabilité civile des apiculteurs car les abeilles sont accusées de nombreux méfaits et cause de mort de nombreux animaux.
Une première association est crée le 17 août 1868 sous la dénomination de "La Solidarité apicole" qui a pour but de venir en aide aux possesseurs d'abeilles adhérents poursuivis pour accidents ou prétendus accidents occasionnés par leurs abeilles ou dont le rucher a été atteint par une innondation, une trombe ou la foudre.
Cette adhésion était gratuite mais l'adhérent s'engageait à verser en cas de besoin d'un autre apiculteur lui-même adhérent, une somme annuelle qui ne pouvait dépasser 10 centimes par ruche qu'il aura déclaré posséder.
La première année elle comptera 50 adhérents et aucun sinistre pour les 2018 ruches qu'elle assurait.

Mobilistes contre fixistes

gravureLa fin du XIXe siècle est intéressante car les observations sont nombreuses dans deux systèmes qui s'opposent et les arguments apportés par les uns et les autres peuvent nous servir à distinguer ce que chacun avait pour lui- de vrai ou de faux, suite aux connaissances que nous avons aujourd'hui; c'est la période de transition qui fera l'apiculture d'aujourd'hui. Les écrits des apiculteurs pratiquants défendant de nombreux systèmes de ruches dans la revue "L'apiculteur" dont H. Hamet est le directeur, s'affrontent mobilistes acquis aux nouvelles méthodes qui permettront l'usage du mello-extracteur et les fixistes attachés aux ruches traditionnelles quelles soient en paille à hausses ou en bois. Des signatures célèbres paraphent les articles et on peut y lire ceux de Ch. Dadant, l'abbé Collin, J. Dennler et bien d'autres.
A cette époque, il semble que, malgré quelques remarques judicieuses, c'est le type de ruche qui fait la récolte: la ruche Dzierzon ou la ruche à cadres contre la ruche en paille à hausses ou à calotte. Des défis sont lancés par des apiculteurs dont Ch. Dadant, de l'autre coté de l'Atlantique, pour comparer les récoltes- mais la grosseur des essaims, les ressources mellifères ne sont pas toujours évoquées!

Comment comparer une récolte fixiste/mobiliste?
Fixiste Mobiliste
petite ruche/essaim naturel grande ruche/essaim surdimensionné par réunions
récolte miel operculé.
On brise les cires dans un récipient pourvu d'un tamis dont le miel d'écoule au travers.
on récolte le miel liquide, non operculé, pour le passer à l'extracteur car le couteau à désoperculer n'existe pas. On récolte à fur et à mesure dans la saison et si nécessaire on chauffe le miel pour faire évaporer l'eau en excès.
On comprend pourquoi Ch. Dadant peut prétendre à une récolte 4 fois égale à celle d'une ruche vulgaire

Malgré ces défis lancés, généralement par les fixistes, pour une comparaison dûment enregistrée et vérifiée selon des critères bien définis par les rédacteurs de "L'apiculteur" personne ne les relèvera. Cependant, nombreux sont ceux qui livrent leurs observations et le résultat de leurs expérimentations comme l'abbé Collin, M. Greslot, etc...

Les arguments
  Les mobilistes Les fixistes
Le miel C'est la ruche qui fait le miel
lire
Ce sont les abeilles
lire
Les cires La présence des cires gaufrées permet aux abeilles
d'aller butiner au lieu de construire.
Un apiculteur fixiste remarque:
lire
Les manipulations Les cadres rendent aisées les manipulations
lire
On s'apercevra que cette facilité est aussi causes de maladies et d'affaiblissement du couvain par le refroidissement qu'elles provoquent.
Un apiculteur ayant pratiqué les deux modèles témoigne
paroles d'apiculteurs
Les visites Les cadres permettent de suivre la colonie
à l'intérieur de la ruche.
réponse
La récolte Possibilité d'utiliser le mello extracteur
lire
Aujourd'hui, l'apiculteur sans extracteur insiste sur le fait que le miel obtenu ainsi est plus pur et plus naturel que le miel obtenu par centrifugation.

Cependant dans l'ouvrage de Jacques de Gelieu, l'inventeur de la ruche à hausses, datant du début de XVIIIe, l'avis de l'Abbé Albadini cité dans "L'apiculteur" novembre 1868 aurait pourtant dû être considéré. Celui-ci comptait trente ans de pratique et étudia les auteurs italiens, allemands, français, espagnols et anglais, expérimenta les principaux systèmes, les compara et conclut: "Je suis dans la conviction qu'on n'a pas plus de miel des ruches à rayons mobiles que des ruches à rayons fixes qu'on calotte surtout avec des bâtisses, et auxquelles on met une hausse vide entre le corps de la ruche et la calotte lorsque celle-ci est pleine."
Ceci aurait pu mettre tout le monde d'accord: que ce sont les abeilles qui font le miel et non la ruche à partir du moment où la colonie a suffisamment de place pour emmagasiner sa récolte!

Mais si nous croyons les ouvrages modernistes, les apiculteurs étaient, soit de "vrais apiculteurs" utilisant la ruche à cadres, soit des étouffeurs. La réalité était plus complexe, certaines provinces comme le Poitou ignoraient l'étouffage, et certaines ruches en paille étaient à hausses et/ou calotte, ce qui permettait une récolte sans détruire la colonie, les ruches de Ducouédic et Palteau avaient leurs adeptes et les étouffeurs sévissaient surtout chez les paysans pauvres des zones reculées ou lorsque la tradition était très forte. Beaucoup d'instituteurs, de curés et d'apiculteurs révoltés par ces pratiques militaient pour l'abolition de ce procédé. Malgré tout, l'étouffage était prépondérant à coté d'une apiculture qui, selon "l'abeiller", les régions pratiquaient des méthodes différentes formant ainsi une véritable apiculture "arc-en-ciel".

La connaissance de l'abeille semble encore peu avancée dans le monde des apiculteurs:
• ce sont les fleurs qui font le miel- lire.
• la parthénogenèse est encore contestée et certains faits qui semblaient surnaturels, seront pourtant établies dans les années suivantes.



L'extracteur

Dans ce même siècle, apparaît le mello-extracteur mû par une manivelle, ancêtre de l'extracteur. Le premier fut présenté par l'apiculteur et major autrichien Von Hruschka, modèle très primitif mais qui permis le développement de différents modèles plus élaborés et participa au triomphe du mobilisme.
Les premiers modèles nécessitaient que les rayons ne soient pas operculés et il fallut attendre l'invention du couteau à désoperculer pour que les apiculteurs puissent obtenir un miel suffisamment mûr.

Faits et méfaits au XIXe siècle

La guerre de 1870

Le comportement des hommes

Cette guerre fut catastrophique pour l'apiculture comme pour les ruchers. En effet, les sociétés agricoles et apicoles chômèrent et les "sociétés impériales" n'eurent plus qu'à gratter leur blason.
Les troupes prussiennes en pays conquis s'attaquèrent sans ménagement aux ruchers qu'ils détruisirent pour s'accaparer du miel. La manière des Prussiens ne s'en écarte guère. C'est principalement par la gelée et la neige qu'ils opèrent; je veux dire qu'ils ont opéré en France. Tantôt ils renversent sens dessus dessous les ruches le soir, et le lendemain matin, lorsque les abeilles sont engourdies par le froid, ils les font tomber avec l'aile d'une poule qu'ils ont croquée la veille. Tantôt, ils se bornent à renverser la ruche au milieu de la neige, et à la secouer pour en faire tomber rayons et abeilles. D'autres fois, ils prennent la peine de les étouffer avec de la poudre. On voit qu'ils ont été à la bonne école. H. Hamet
En d'autres lieux, les scènes se répètent avec plus ou moins de résultats pour les envahisseurs.
A Arnouville, M. Garnier nous raconte d'un ton amusé et moqueur: Les soldats allemands ont essayé de faire des réquisitions de miel dans mon rucher et m'ont donné à apprécier leur savoir-faire. S'étant adressés justement à des ruches à hausses, ils les retournèrent sens dessus-dessous, et cassèrent avec les mains les rayons qui se rompirent au plancher de la première hausse. Mais les abeilles qui n'étaient pas aussi faciles que les habitants du village, se ruèrent sur ces malotrus qui prirent la fuite, qui par dessus le mur, qui par dessus la haie, et j'en fus quitte pour remettre mes ruches en place. Plusieurs apiculteurs de ma connaissance furent plus malheureux: ils virent leurs ruches vidées, et jusqu'aux tabliers brisés.
Cependant ils ne furent pas les seuls et des témoignages nous indiquent que les "nationaux" ne furent pas en reste:
Voila que des Français(!) sont en train d'anéantir ce que les Prussiens avaient ménagé. Nous devons dire, pour rendre justice à qui de droit, que la destruction des ruchers aux environs de Paris n'est pas le fait des Prussiens qui, s'ils ont abîmé un grand nombre de ruches sur leur passage, ont au moins laissé de la semence. La destruction à peu près complète des ruchers dans la banlieue de Paris a été accomplie par les nationaux, notamment par nos "braves" mobiles bretons et autres. Ces défenseurs... de la propriété ont détruit non-seulement pour prendre, mais aussi pour le féroce plaisir de détruire; car, dans plusieurs ruchers ravagés que nous avons visités, ils sont allés jusqu'à brûler les paniers vides et à briser en menus morceaux leurs tabliers en pierre ou en plâtre. Les Prussiens n'ont pas poussé jusque là, les instincts brutaux de dévastation. H. Hamet
Ce que confirme, M. Gouget: les Prussiens et surtout les Français de M. Bourbaki ont détruit la plus grande partie des ruchers des environs. Le mien renfermant 27 ruches a été épargné parce qu'il était dans un clos près de notre maison.
Un habitant de Guignicourt signale à l' apiculteur que son rucher, dédié à l'empereur, a été détruit par les Prussiens et demande aide à ses collègues pour sa reconstitution qu'il dédiera à l'actuel gouvernement.
De même M. Cosson signale que les Prussiens ont ravagé une partie des ruchers des environs et qu'il n'a pas été un des plus maltraités.
M. Griffon, apiculteur à Doubs: Dans notre pays qui est la haute montagne- 830m d'altitude- les ruchers ont été dévastés par les Prussiens, qui ont détruit la moitié des ruches.
et dans le département voisin: Il ne me reste pas une abeille des 23 ruches que je possédais le jour de l'entrée des Prussiens dans la commune.
Dans la Meurthe, les apiculteurs ne furent pas mieux traités: La guerre m'a fait un mal immense car les Prussiens se sont emparés sous mes yeux de tout ce que je possédais. [...] Les abeilles aussi se sont ressenties de cette terrible invasion; leurs produits étaient pour les Prussiens une nourriture favorite, un grand nombre d'entre ces admirables ouvrières ont succombé sur le champ de bataille, après une résistance acharnée.
Un apiculteur d'Aiglemont: Les Prussiens se sont régalés de miel à nos dépens; de 80 ruchées, je n'en ai sauvé que 30 qui étaient dans les bois. Sur une étendue de quatre ou cinq kilomètres, ce n'était, le lendemain de leur départ, que ruches éventrées ou brûlées, abeilles mortes, débris de rayons.
Durant l'occupation qui suivit cette guerre, M. Foucault-Daguet déclare qu'il a été impossible à beaucoup d'apiculteurs de pouvoir se livrer à des essais à cause de la présence prolongée des Prussiens.
Et à propos des sociétés apicoles, H. Hamet note: La plus importante, celle de l'Aube, vient de faire reparaître son bulletin. Mais tous, nous nous trouvons dans un état précaire, car non seulement le gouvernement a suspendu les encouragements aux sociétés et aux publications agricoles, mais il a établi un impôt sur le papier, augmenté le port des lettres, etc., etc...
D'autre part, l'Alsace et la Lorraine appartenant à la Prusse, celle-ci le marqua en organisant en septembre 1875, l'exposition internationale d'apiculture à Strasbourg.

 

Et celui des abeilles

Dans sa chronique, le "journal de la société d'agriculture" des Ardennes s'exprimait sur la situation de l'apiculture dans cette région après le passage des Prussiens: L'apiculture a payé sa lourde contribution à l'envahissement: hommes et animaux, les Allemands n'ont rien épargné; ils n'ont rien ménagé pour satisfaire leur appétit glouton; ils ont été jusqu'à livrer des combats à nos pauvres abeilles, qui se sont vaillemment défendues. Après une lutte acharnée, dans laquelle les ennemis ont été blessés, les abeilles ont été volées, pillées, mais non vaincues; elles n'ont ni capitulé, ni signé de traité honteux, et ne se sont pas battus entre elles.
Aussitôt l'ennemi parti, le printemps arrivé, elles se sont mises à l'œuvre; elles ont compris que la paix et le travail sont les meilleurs moyens de réparer les maux de la guerre.

Et H. Hamet précise: Le fonctionnement des mitrailleuses qui ont fait de si belle besogne pendant la guerre civile, nous a mis à même de constater le fait suivant: dans les premiers temps et lorsque le vent était dans la direction du lieu du combat, les abeilles prenaient le crépitement de ces engins de destruction pour le roulement du tonnerre; à chaque instant de la journée, elles rentraient précipitamment, comme lorsqu'un nuage épais couvre le soleil et que la foudre commence à gronder. Plus tard, l'effet fut moins sensible. Les abeilles s'étaient sans doute accoutumées à ce bruit insolite. Plusieurs essaims sortirent même pendant que la fusillade et la canonnade avaient lieu dans le quartier où se trouve notre rucher, et lorsque l'air était imprégné d'odeur et de fumée de poudre. Après avoir séjourné à l'endroit où ils s'étaient posés, ces essaims s'en allèrent au loin, parce que personne ne se trouvait pour les recueillir: il était alors prudent de demeurer dans les caves. Nous vîmes bien rentrer dans sa souche un essaim primaire sorti pendant qu'une vive fusillade avait lieu à trois ou quatre cents mètres du rucher et que les balles sifflaient en passant au dessus; mais cette rentrée fut due à la mère dont les ailes étaient altérées, et non aux détonations des armes à feu. Nous désirons beaucoup ne plus recommencer cette expérience.

...les abeilles de Warniforêt n'ont pu épargner à l'armée française une surprise qui fut le point de départ d'un immense désastre. Mais elles n'ont pas moins rempli leur devoir en vengeant autant qu'il dépendait d'elles la France des outrages de ses sauvages agresseurs.

Vols d'essaims!

Des apiculteurs du Loiret se plaignent que des particuliers vont placer des ruches vides dans les bois et les forêts proches des ruchers afin d'attirer les essaims. Ils assimilent ces faits à du braconnage. La loi reconnait que l'essaim appartient l'apiculteur qui le suit; sinon, il appartient au propriétaire du terrain où l'essaim va se nicher.
Le premier cité signale un autre moyen qui se pratique dans son canton qui consiste à s'introduire de nuit dans une propriété où sont des ruches, de transvaser un essaim dans une ruche apportée à cet effet et de la porter en forêt; le lendemain, l'auteur est censé trouver cet essaim et le ramène chez lui.

Dans l'Aube, des maraudeurs saccagent les apiers et pillent les ruches pour d'emparer de la cire. Dans le seul canton de Romilly, plus de 500 ruches ont ainsi été dévalisées.

Contribution des apiculteurs

C'est en 1879 que le Bureau Central Meteorologique est crée à Paris et l'on proposa aux apiculteurs volontaires des Sociétés d'apiculture d'établir des relevés sous forme de tableaux à renvoyer sans frais au "Ministre de l'instruction publique."

La situation de l'apiculture à la fin du XIXe siècle.

L'apiculture ne sera jamais plus aussi florissante qu'à cette époque. Elle fait partie des principales activités de nombreux dépârtements tels: Basses-Alpesphoto, Alpes-Maritimesphoto, Audephoto, Corsephoto, Ille-et-Vilainephoto, Landesphoto, Basses-Alpesphoto, Haute-Marnephoto, Sarthephoto, Savoiephoto, Sommephoto, Tarnphoto, Viennephoto auxquels il faut ajouter tous les départements de la Bretagne, ceux du Gâtinais, des régions montagneuses et du pourtour méditerranéen.
photoEn effet, la fin du XIXe siècle et le début du siècle suivant sera l'époque des grandes expositons parisiennes assorties de prix qui essaimeront en provinces et qui comporteront des stands dédiés à l'apiculture souvent doublées de défilés de chars fleuris où cette activité était représentée par une ruche ou une abeille géante montée sur un chariot tiré par des boeufs puis par les premiers tracteurs.
Cette distribution de médailles fera réagir H. Hamet qui exprimera ses vues dans "l'apiculteur" "Il est temps que les sociétés agricoles ne soient plus, comme sous l'Empire, des bureaux ouverts au favoritisme qui distribuent des médailles en veux-tu en voilà. Il est temps que les jurys soient surtourt composés de membres compétents, et que ce ne soient plus des fondeurs de suifs ou des marchands de mélasse retirés qui soient désignés pour juger les choses de la ferme. Il paraît que nous ne sommes pas guéris de cette épidémie-là. Il y a quelques jours, au concours de Pontoise, trois exposants apicoles étaient examinées et appréciés par un jury, nombreux ma foi, mais ne comptant aucun apiculteur..."
Au fil des années, on s'aperçoit que l'apiculture s'appauvrira pour en arriver au siècle suivant à la standardisation. Cette transformation sera plus lente que celle de l'agriculture mais la mentalité du toujours plus en sortira vainqueur.

Les abeilles sont souvent confondus avec les guêpes et sont accusées de gâter les raisins, les cerises et les fraises notament lors des changements des pratiques apicoles. Nombreux sont les procès intentés contre les apiculteurs qui devront prouver que les abeilles ne s'intéressent qu'aux fleurs et non aux fruits.

Le XXe siècle

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La première partie du XXe siècle fut celle où le mobiliste s'impose par la création d'immenses ruchers.
En effet l'agriculture n'a pas encore fait sa mutation: l'énergie animale est encore la plus utilisée et nécessite la culture du sainfoin et des prairies naturelles, le sarrasin est largement cultivé, l'espace rural est constitué de petites parcelles entourées de haies, etc...ainsi les ressources mellifères sont nombreuses.

Dans les sujets abordés dans les revues de ce siècle, on peut se rendre compte que la loque tient une grande place des sujets abordés et que le maladies tiennent de plus en plus de place au fur et à mesure que le mobilisme s'étendra. Aux piègeages proposés de la fausse-teigne au siècle d'avant, c'est la chimie qui s'impose avec ses effets délètères sur les abeilles qui y résistent plus ou moins... et dont les effets sur la maladie sont plus ou moins efficaces.

La fin du fixisme

Le fixisme persistera encore durant une bonne partie du XXe siècle chez de petits agriculteurs, apiculteurs en amateurs ou en revenu d'appoint.
Un décret de 1942 de l'Etat Français mis fin à ma pratique de l'étouffage des abeilles en l'interdisant tandis que sous ce même gouvernement, des milliers de Français prenaient le chemin des chambres à gaz et des camps de concentration.

Le mobilisme et la généralisation du mello-extracteur donna naissance à l'apiculture intensive dite "moderne".
Certains apiculteurs voulurent encore concilier confort de l'abeille et facilité d'exploitation mais ce n'est pas ceux-ci qui obtiendront la faveur de la majorité des apiculteurs français, conquis par une bonne publicité et par cette création "made in USA" qui lui donnait du prestige, il choisirent la ruche de Charles Dadant, français émigré aux Etats-Unis, qui favorisait leur confort dans l'exploitation.

photoLes autorités agricoles du XXe siècles imposent le "mobilisme" et les ouvrages d'apiculture font la promotion des ruches à cadres. Alors qu'Alin Caillas nous dit que les fixistes expriment d'un mélange de miel, de pollen et de couvain quelques kilogrammes de miel de second choix ceci accompli avec des outils rudimentaires, les concours apicoles de l'époque contredisent cette affirmation car ils nous parlent de miels clairs... du moins pour les diplomés des concours!

Les ouvrages ne manquent pas pour appâter le lecteur: "le rucher de rapport", "l'exploitation rationnelle des abeilles", "abeille, élevage de rapport", "la prospérité à la campagne" où un chapitre est consacré à "la répression de l'essaimage", "ruches productives", "l'apiculture intensive" sans compter les nombreux articles des revues apicoles qui vantaient ces méthodes; même la sœur Isabelle de Jouffroy d'Abbans intitulait son ouvrage "Le rucher de grand rapport". Et les premiers mots de R. Hommell dans son ouvrage "Apiculture" sont: "L'apiculture est cette branche de l'industrie agricole qui a pour but d'obtenir, de la manière la plus économique et en quantité maximum, tous les produits que les abeilles sont susceptibles de fournir." - le toyotisme avant l'heure!

Devant les promesses de meilleures récoltes, les habiles publicités, les ouvrages écrits par les sommités apicoles vantant les nouvelles méthodes, les facilités offertes par le nouveau matériel qui s'était électrifié, l'apiculture familiale fut abandonnée au profit de professionnels qui exploitèrent jusqu'à plusieurs centaines de ruches et qui purent les faire transhumer. Avec la mécanisation, des régions entières se tournèrent vers d'autres cultures que celles fourragères que nécessitait la traction animale.

L'apiculture intensive

Parrallélement à la société productiviste représentée par le fordisme à l'ouest, le stakhanovisme à l'est, l'agriculture et l'élevage intensifs dans les pays dits développés, on devait apporter ce même mouvement à l'abeille, ce fut l'apiculture intensive.
Poussant ses possibilités intellectuelles en ce sens à ses extrêmes limites, A. Perret-Maisonneuve en fut l'instigateur et dans les catalogues de l'avant-guerre des marchands de matériels apicoles, si l'on ne trouve pas de ruches Warré, la figure de Perret-Maisonneuve dans ses pages donne, sinon du prestige, du moins du "poids" à la maison et l'on peut lire: ...cette pénurie complète sur le sujet est cependant le plus intéressant. Cette lacune de la bibliographie des abeilles est aujourd'hui comblée par l'auteur de L'apiculture intensive et Elevage des Reines qui a su triompher des difficultés réelles d'une tâche qui en avaient rebuté tant d'autres. Grâce à lui, tout apiculteur peut devenir éleveur et même tirer de l'élevage industriel des reines des bénéfices appréciables. +

photophotoLes autorités françaises, avec l'appui actif des partisans de la ruche à cadres veulent entraîner les cultivateurs réticents à cette nouveauté. Les apiculteurs possédant des ruches en paille sont assimilés à des étouffeurs, et les anciennes ruches accusées de propager tous les maux.
Cette accélération de l'apiculture intensive entraîne la création de nombreuses fabriques de ruches et de matériel avec l'offre unique de ruches à cadres dont les modèles ne se différencient que par les dimensions des cadres mais qui annoncent des récoltes considérables;photophoto la publicité et les auteurs d'ouvrages d'apiculture sont totalement soumis à l'idéologie dominante et les esprits sont très vite conquis par cette ruche dont les propriétaires sont qualifiés d'hommes de progrès: avec elles, la cire gaufrée et l'extracteur s'imposent comme étant la seule et l'unique accès à l'apiculture.
De même, elle entraine la création de manufacturesphoto traitant les produits de l'apiculture.

Devant les difficultés de gestion des ruches à cadres et les dépenses que celles-ci entrainaient, beaucoup de petits agriculteurs possédant quelques ruches, abandonnèrent l'apiculture et celle-ci devint l'affaire de professionnels qui eurent d'abord de bonnes années puis avec les changements profonds de l'agriculture et la détérioration du monde des apidés devinrent de moins en moins nombreux; cette activité est aussi celle de retraités qui malgré leur situation, récoltent tout le miel possible, sans en laisser dans la ruche.

La formation apicole

Le contenu de ces cours est à comparer avec celui de H. Hamet.

Les cours d'apiculture de la SCA en 1975/76

photoEn ces années, c'était le frère René-Jean Marmou, homme très peu bavard dont le visage s'ornait d'une volumineuse barbe grise qui avait la charge des cours d'apiculture du jardin du Luxembourg. Le modèle de ruche était la "Dadant"! Aucune autre ruche n'était présentée; il n'y avait aucune réflexion sur ses avantages et ses inconvénients, son adaptation à la biologie de l'abeille et à son comportement, aucune information sur d'autres modèles de ruches, etc... L'apiculture se faisait avec des ruches Dadant- point final!
La biologie de l'abeille y est étudiée et la pratique se faisait avec la ruche ci-dessus désignée.
J'avoue qu'à la fin de l'année, la pratique me paraissait si complexe que je n'avais rien compris de l'exploitation de cette ruche. Je construisais donc une ruche de ma conception, qui aujourd'hui, me permet de dire qu'elle n'était que la ré-invention de la ruche Layens verticale; dans mon esprit et selon le peu de connaissances que j'avais alors, la ruche à cadres était le moyen "normal" de faire de l'apiculture.
Certains mobilistes professent qu'il faut une intelligence supérieure pour exploiter une ruche à cadres; laissons donc ces sommités intellectuelles le soin de les conduire!

La recherche apicole

photoC'est à cette époque qu'apparaissent les premiers laboratoires de recherches concernant l'abeille suivi de l'Inra qui ouvrira le sien à Bures-sur-Yvette.

Le XXIe siècle

Aujourd'hui l'apiculture intensive doit faire face à de nombreux problèmes dont la diminution des abeilles et des ressources mellifères, l'apauvrissement de la biodiversité alors que les produits toxiques de plus en plus virulents employés par l'agriculture du même nom dérèglent tout le système vivant et environnemental. Le profit immédiat n'est plus que le seul but envisagé pour la gestion des ressources.

L'apiculteur du XXIe siècle est un homme perpétuellement en lutte: contre les insecticides qui tuent les abeilles, contre les OGM qui polluent le miel, pour sauvegarder ses colonies des varroas et des frelons asiatiques qui détruisent les colonies et contre tous les pouvoirs qui veulent imposer une agriculture totalement inconsciente et détachée des problèmes qu'elles génèrent sans qu'elle prenne en charge ses conséquences désastreuses.

Et nous pouvons nous poser cette question: "A la fin de ce siècle, y aura t-il encore des abeilles?"

La formation apicole

Dans la plupart des groupements départementaux, existent des cours d'apiculture pour débutants qui se font sans nul doute avec des ruches Dadant.
Depuis plusieurs années, nous assistons à une nouvelle forme d'apiculture plus respectueuse de l'abeille utilisant la ruche Warré. Plusieurs de ces apiculteurs organisent des cours de vulgarisation et de perfectionnement. Ce sont, sans que cette liste soit exhaustive:
L'abeille cévenole propose des stages d'initiation animés par Maurice Rouvière, sur diverses ruches.
Le jardin des petites ruches situé dans l'Yonne, propose des stages d'initiation sur ruches Warré ainsi que des stages de vannerie.
Gilles DENIS sur ruches Warré.
• En Normandie, la villa "le Bosquet" également sur ruches Warré ainsi que sur la construction de ruches troncs.
• En Ardèche, Terre et Humanisme sur ruches Warré.
• en Suisse Guillaume Fontaine sur ruches Warré.
Souhaitons leur de nombreux adeptes et élèves.

Sources

- La France pittoresque- RevuephotoRevue -n°30
- Pierre BOYE- Les abeilles, la cire et le miel en Lorrainephoto
- Bernadette DARCHEN- L'apiculture de la Préhistoire à l'Histoirephoto
- J.M. JEANTON-LAMARCHE- Essai d'une histoire de l'apiculture françaisephoto
- Henri HAMET- L'apiculteurphoto
- Perrine MANE- Le travail à la campagne au Moyen Agephoto
- Philippe MARCHENAY- L'homme et l'abeillephoto
- Gaston POUILLOT- Apiculture en Loiretphoto
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